Publié : 14 octobre 2016

Chasseur, menteur, conteur

Tcheussou, mentou, contou

Bernard Chapuis

Paru dans le Quotidien Jurassien du 14 octobre 2016

Tcheussou, mentou, contou

Le Djosèt di Bâs-di-M’lïn, cment tus les tcheussous, ne râte pe de dire des mentes. Niun n’ le crait pus, mains on ainme l’ouyi, poéche qu’è raiconte bïn. Ç’ât ïn vrai contou. An peut l’ouyi tote ènne lôvrèe sains trovaie l’ temps grant.

« I étôs paitchi en lai tcheusse, qu’è dyait. Vôs saites qu’i seus l’ moyou tcheussou di canton. I aivôs pris mon r’cegnon dains ïn hâbresait : ïn litre de vïn, ènne fiose de laîd, ènne mitchatte, ïn oégnon (i aînme bïn moûedre dains ïn oégnon ; mai fanne dit qu’i chlïndye di moére, mains i m’en fos).

Tiaind qu’ i aî t’aivu maindgie èt treuyie, i aî botè mon sait dos ïn boûetchèt. I aî pris mon fie-fûe èt peus i seus paitchi faire ïn toué. En premie, i n’ai ran r’mairtçhè, ne lievre, ne r’naîd, ran, èt ch’lai sente piepe ènne traice. En m’eurtouénaint, i vois ènne taitche breune drie l’ boûetchèt laivou qu’i aivôs r’cegni. Ïn tchevreu, qu’i m’ dis. Çtu-li, i n’ veus p’ le mainquaie. I épâle, i vije, pan ! Lai béte ne boudge pe. Èl ât moûe ch’ le côp, qu’i m’ dis. I m’aippreutche sains brut. Cré nom, i aivôs tirie dains mon hâbresait. S’ i l’aivôs t’aivu ch’ le dos, i s’rôs fotu. I n’ serôs p’ ci è vôs contaie des fôles de tcheusse, i s’rôs li-enson, en train d’ treuyie ïn p’tèt tçhissat d’aivô sïnt Hubert, le paitron des tcheussous. »


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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Chasseur, menteur, conteur

Comme tous les chasseur, Joseph du Bas-du-Moulin est un menteur incorrigible. Plus personne ne le croit, mais on aime l’entendre, car c’est un conteur talentueux. On peut passer toute une soirée à l’écouter sans s’ennuyer.

« J’étais parti à la chasse, disait-il. Vous savez que je suis le meilleur chasseur du canton. J’avais emporté mon pique-nique dans mon sac à dos : un litre de vin, une tranche de lard, une michette de pain, un oignon (j’aime mordre dans un oignon ; ma femme dit que je pue de la bouche, mais ça m’est égal).

Après avoir mangé et bu, j’ai caché mon sac dans un buisson. J’ai pris mon fusil et je suis parti faire un tour. Tout d’abord, je n’ai rien remarqué, ni lièvre, ni renard, rien, et sur le sentier pas la moindre trace de gibier. En me retournant, je vois une tache brune derrière le buisson où j’avais pique-niqué. Un chevreuil, que je me dis. Celui-là, je ne vais pas le manquer. J’épaule, je vise, pan ! La bête ne bouge pas. J’ai pensé qu’il était mort sur le coup. Je m’approche sans bruit. Cré nom, j’avais tiré dans mon sac à dos. Si je l’avais eu sur le dos, j’étais fichu. Je ne serais pas ici à vous raconter des histoires de chasse. Je serais là-haut, en train de trinquer avec saint Hubert, le patron des chasseurs. »


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