Publié : 7 juillet

Le bon candidat

Le bon candidat

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 7 juillet 2017

Le bon candidat

Ç’ât l’Arseinne que raiconte des hichtoires de son temps. An n’ sôle pe d’ouyi. È fât dire qu’èl en sait èt qu’è les raiconte bïn.

I m’ sovïns, qu’è dit, an inaugurait la novélle écôle. C’était dains les annèes cïnquante, ïn bé saim’di de tchâtemps, tot ens’rayie. È y aivait di monde, autoritès, régents, poirents. Les éyeuves aint tchaintè, lai fanfare é djûe. Le tiurie è b’ni le bâtiment, èl é dit des prayieres et èl é aidrassie dous trâs mots és afaints : « L’écôle, ç’ât vot’ mâjon. »

Le mére é copè l’ ruban èt djâsè en son toué. Le mére, c’était ïn tot roudge que n’ crayait n’en Diâile n’en Dûe èt peus que n’ se dgeinnait pe po yaincie des pityes â tiurie en tchéque occâsion.
È d’vait y aivoi des votes l’herbâ. An d’vait r’novlaie tot l’ consèye, le mére aito.

Tote lai rote s’ât rendue en cortédge jusqu’en ènne tente drassie po l’ bainquèt, l’ mére et le tiurie en premie, ensoénne. Tot poi ïn bé côp, dous poûes, étchaippès d’ yote bolat, s’ botainnent è ritaie d’vaint yôs.
—  Ç’ât dous d’ vôs bairoitchais ? d’mandé l’ mére po airgueuss’naie.
—  Mai fé, i n’serôs quoi vôs dire, réponjé l’ tiûerie. Le doûejîeme, i n’le coégnâs pe, mains le premie, qu’è m’sanne, èl é tot po faire le nové maire és votes de décembre. È f’rait aich’ bïn que çtu qu’è y é mit’naint. Lu â moins, è n’ât ne roudge ne noi.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 1.9 Mo

Le bon candidat

Arsène raconte des histoires de son temps. On ne se lasse pas de l’entendre. Il faut dire qu’il en sait et qu’il les raconte bien.

Je me souviens, dit-il, qu’on inaugurait la nouvelle école. C’était dans les années cinquante, un beau samedi d’été ensoleillé. Il y avait du monde, autorités, enseignants, parents. Les élèves ont chanté, la fanfare a joué. Le curé a béni le bâtiment, il a dit des prières et s’est adressé aux enfants :« L’école, c’est votre maison. »

Le maire a coupé le ruban et parlé à son tour. Le maire, c’était un rouge fanatique qui ne croyait ni en diable ni en Dieu et qui ne se gênait pas pour s’en prendre au curé à chaque occasion. Des élections devaient avoir lieu en automne. On devait renouveler tout le conseil, le maire compris.

Toute la foule s’est rendue en cortège jusqu’à une tente dressée pour le banquet, le maire et le curé en tête, côte à côte. Soudain, deux cochons échappés d’une porcherie se mirent à trottiner devant eux.
—  Ce sont deux de vos paroissiens, demanda le maire par provocation.

—  Ma foi, répondit le curé, je ne saurais vous dire. Le deuxième, je ne le connais pas. Mais le premier, me semble-t-il, a tout pour faire le prochain maire aux élections de décembre. Il ferait aussi bien que celui que nous avons maintenant. Lui, au moins, il est neutre, il n’est ni rouge ni noir.


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