Publié : 19 mai

Temps nouveaux

Novés temps

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 19 mai 2017

Novés temps

Le monde é bïn tchaindgie. En meu. I peus vôs l’dire, moi qu’i féte mes cent ans. Vôs n’me craîtes pe ? Poétchaint, ç’ât lai voirtè. I seus tchoé â monde le 19 de mai 1917, en pieine dyiere. I étôs le nûevieme d’ lai rote, le drie, le chiani.

Nôs étïns paiysains. Quéques vaitches po l’ laicé, des poûes, des dgerènnes, des tchievres, des laipïns. Nôs étïns des tot poûeres dgens. Mais nôs étïns hèy’rous.

Le monde, i l’aî vu tchaindgie. Totes ces novâtès, ç’ n’ât p’ bé çoli ? Dains l’ temps, les fannes étïnt touedge en noi d’aivô ènne boiyatte ch’ lai téte. Sietè chu mon bainc, d’vaint lai Copé, i révije péssaie les fannes d’âdj’d’heu. Èlles sont totes pus bèlles yènne que l’âtre. Èlles feumant, bon, ç’ât yote aiffére. Moi, i aî femè tote mai vétyaince, èt peus i seus aidé li. Ç’ât crais bïn grâce és méd’cïns. I seus émaiyie d’ voûere les grôs l’aitieuds de lai méd’cïnne. Tenites, dvaint que d’ paitchi soudaît, en vïngt-chés, i aî péssè lai visite. Le major était ïn véye gronc’nou d’avô des épaulattes. È m’dit : « Dévètes-vôs. » I rôte mes soulaies, mes tchâsses, mai tch’mije, mon painta. »

—  Èt peus l’ can’çon ? qu’è m’dit.

I m’ seus r’trovè tiu-nu d’vaint çt’ officie.

Hie lai vâprèe, i seus t’aivu en concultâchion. C’était ènne fanne, très dgentiye. Èlle me dit sïmpyement : « Tirèz lai landye ! » Vôs voites que lai méd’cïnne é fait des sacrés l’aitieuds.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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Temps nouveaux

Le monde a bien changé. En mieux. Je peux vous le dire, moi qui fête mes cent ans. Vous ne me croyez pas ? Pourtant, c’est la vérité. Je suis né le 19 mai 1917, en pleine guerre. J’étais le neuvième enfant, le dernier de la fratrie, le benjamin.

Nous étions paysans. Quelques vaches pour le lait, des cochons, des poules, des chèvres, des lapins. Nous étions très pauvres mais nous étions heureux.

Le monde, je l’ai vu changer. Toutes ces nouveautés, ce n’est pas beau ça ? Les femmes étaient toujours vêtues de noir avec un foulard sur la tête. Assis sur mon banc devant la Coop, je regarde passer les femmes d’aujourd’hui. Elles sont toutes plus belles l’une que l’autre. Elles fument, soit, c’est leur affaire. Moi, j’ai fumé toute ma vie, et je suis toujours là. C’est sans doute grâce aux médecins. Je suis émerveillé devant les grands progrès de la médecine. Tenez, avant de partir à l’école de recrue, en 1926, j’ai passé la visite sanitaire. Le major était un vieux grognon avec des épaulettes. Il me dit : « Déshabillez-vous ! » J’enlève mes souliers, mes chaussettes, ma chemise, mon pantalon.

—  Et puis le caleçon ? ajoute-t-il.

Je me suis retrouvé à poil devant ce haut-gradé.

Hier après-midi, je suis allé consulter. C’était une femme, très gentille. Elle me dit simplement : « Tirez la langue ! » Vous voyez que la médecine a fait de sacrés progrès.


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