Publié : 14 décembre 2018

Un trou sous le Mont Terri

Ïn p’tchus dôs l’ Mont-Terri

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 14 décembre 2018

Ïn p’tchus dôs l’ Mont-Terri

Çte Transjurane, ç’ât ènne sacrée boénne tchôse, hein vôs. Èlle é raippreutchie les Vâdais des Aidjolats. Vôs s’ sovïntes cment c’était aivaint, qu’è fayait péssaie les Randgies poi n’impoétche qué temps. Le pé c’était lai nadge en huvie, tiaind qu’ le triangle n’était p’ encoé péssè. È y en é cobïn que sont d’moérès en crotte, que s’ sont r’trovès d’aivô yote dyïmbarde dains l’ ran !

Ces tunnels, èl é bïn fayu les creûyie. Des appeuls d’ euffre feunent pubyès dains lai Feuille. Dous fréres, Yoclé le véye èt Yoclé le djûene, aint décidè de tentaie yote tchaince. Èls aint pris le train èt sont paitchis è D’lémont. Les voili tos les dous è Morépont, tchie l’ minichtre. Vôs voites lai scéne, les dous fréres en grôs soulaies è çhiôs, Yoclé le véye d’aivô son tchelat èt sai cape è vis, Yoclé le djûene d’avô sai cape è vis èt son tchelat.

—  Aidonc, vôs s’ainnoncez po conchtruire ci tunnel ?

—  Nôs sons v’nis po çoli, chire Minichtre.

—  Cobïn d’ovries qu’ vôs êtes ? Vôs m’ sannez bon mairtchie !

—  Nos n’ sons qu’ les dous, qu’ répond Yoclé le véye, mon frérat èt pe moi.

—  Dâli, vôs èz les utis, lai creuyouse ?

—  Nos ains tchétçhun ènne boyevatte, ïn pi èt peus ènne pâle.

—  Mains cment qu’ vos vléz vôs y pâre ?

—  Eh bïn, dit Yoclé le djûene, mon frére aic“menc”ré de creûyie d’ lai sens d’ Sïnt-Ochanne èt peus moi è Coérdgenay.

—  Èt vôs craites que vôs se v’lèz rencontraie ?

—  Oh, chire minichtre, de dous tchôses yènne. O bïn nôs s’ rencontrans èt peus vôs nôs réglèz nos gaidges. O bïn nôs n’ se rencontrons pe èt vos airèz dous tunnels po l’ prix d’yun !


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Un trou sous le Mont Terri

Cette Transjurane, c’est une très bonne chose, n’est-ce pas. Elle a rapproché les gens de la Vallée de Delémont des Ajoulots. Vous vous souvenez de l’époque où il fallait passer par les Rangiers, et par n’importe quel temps. Le plus pénible c’était en hiver, avec la route enneigée, avant le passage du chasse-neige. Combien sont restés en panne, combien se sont retrouvés dans le talus avec leur voiture !

Ces tunnels, il a bien fallu les percer. Des appels d’ offre furent publiés dans la presse. Deux frères, Yoclé l’aîné et Yoclé le jeune, décidèrent de tenter leur chance. Ils ont pris le train et sont partis à Delémont. Les voici tous les deux à Morépont, dans le bureau du ministre. Imaginez la scène : les deux frères chaussés de gros souliers à clous, Yoclé l’aîné sa pipe aux lèvres et son bonnet vissé sur le crâne, Yoclé le jeune avec son bonnet vissé sur le crâne et sa pipe aux lèvres.

—  Ainsi, vous vous annoncez pour la construction de ce tunnel ?

—  Nous sommes venus pour ça, Monsieur le Ministre.

—  De combien d’ouvriers disposez-vous ? Vous me paraissez bon marché.

—  Nous ne sommes que deux, répond Yoclé l’aîné, mon jeune frère et moi.

—  Vous avez les outils, le tunnelier ?

—  Nous avons chacun une brouette, un pic et une pelle.

—  Comment allez-vous vous y prendre ?

—  Eh bien, reprend Yoclé le jeune, mon frère aîné commence de creuser dans les environs de St-Ursanne, et moi à partir de Courgenay.

—  Vous pensez que vous allez vous rencontrer ?

—  Oh, Monsieur le Ministre, de deux choses l’une. Ou bien nous nous rencontrons. Dans ce cas, vous nous payez ce qui est convenu. Ou bien nous ne nous rencontrons pas et alors vos aurez deux tunnels pour le prix d’un !