Publié : 1er juillet 2016

Mon beau-frère a les moyens

Mon bâ-frére é les moyïns

Paru dans le Quotidien Jurassien du 1 juillet 2016

Mon bâ-frére é les moyïns

Ch’ le front, en quaitoûeje, yun d’ Béfoûe était soudaît d’ premiere classe. Voili qu’ le sèrdgeint l’appele ïn bé soi po yi ainnonçaie qu’ sai mére venyait d’meuri. Ès yi aint bèyie ènne snainne de condgie po ensev’li sai mére èt pe faire totes les démairtches.

- C’ment qu’ te veus l’ensev’li, tai mére ? qu’yi d’mainde le tiurie.

- C’ment qu’i veus l’ensev’li ? I n’en sais ran. Ç’ât vot’ métie, ç’ n’ât p’le mïnne.

- È y é les entier’ments de premiere classe, d’aivô tos les honnous. Èt peus, bïn chûr, è y é des entier’ments pus sïmpyes.

- Ôyites-me, Chire. I seus soudaît d’ premiere classe, i veus, po mai mére, ïn entier’ment d’ premiere classe.

Dïnche feut fait. È y eut des draip’ries en lai poûetche de l’hôtâ, èt peus ènne bèlle coranne. Le voi feut pojè chus ïn corbiè tyirie poi quaitre biancs tchevâs. Â môtie, lai mâsse fut célébrèe poi le doyïn èt trâs vityaires. È y eut des tchaints, d’ lai dyidye èt ïn bé dichcoué.

Vïnt l’hoûere des comptes. Le poûere poilu n’aivait p’ de sôs.

- Dis-voûere, t’ n’és niun que poyeuche te prâtaie ?

- I seus tot d’ pai moi, èt peus mai mére était vave.

- Èlle n’avait p’ d’âtres afaints ?

- Chié, i aî ènne soeûratte, mains èlle é mâ virie. Èlle ât entrèe â covent.

- Que nian ! Èlle n’é p’ mâ virie. Èlle ât mairièe â Djésus-Christ.

- Ah bon ! Yé bïn, envietes lai note en mon bâ-frére.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 1.7 Mo

Mon beau-frère a les moyens

Sur le front, en quatorze, un de Belfort était soldat de première classe. Le sergent l’appelle un soir pour lui annoncer le décès de sa mère. Il obtint une semaine de congé pour procéder à l’ensevelissement et à toutes toutes les démarches administratives.

—  Comment désires-tu l’ensevelir, ta mère ? lui demande le curé.

—  Comment que je veux l’ensevelir ? Je n’en sais rien. C’est votre métier, ce n’est pas le mien.

—  Il y a les enterrements de première classe, avec tous les honneurs. Et puis, bien sûr, il y a des enterrements plus simples.

—  Écoutez, Monsieur le Curé. Je suis soldat de première classe, je veux, pour ma mère, un enterrement de première classe.

Ainsi fut fait. Il y eut des tentures à la porte d’entrée, en plus d’une belle couronne. Le cercueil fut posé sur un corbillard tiré par quatre chevaux blancs. A l’église, la messe fut célébrée par le doyen assisté de trois vicaires. Il y eut des chants, de l’orgue et une belle homélie.

Vint l’heure des comptes. Le pauvre poilu n’avait pas un sou vaillant.

—  Dis-moi, tu n’as personne qui puisse t’aider ?

—  Je suis seul, et ma mère était veuve.

—  Elle n’avait pas d’autres enfants ?

—  Si, j’ai une sœur cadette, mais elle a mal tourné. Elle est entrée au couvent.

—  Pas du tout ! Elle n’a pas mal tournée. Elle est mariée à Jésus-Christ.

—  Ah bon ! Eh bien, envoyez la note à mon beau-frère.

La chronique patoise du QJ en direct :

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