Publié : 26 octobre

Renard au grand pied

Ïn r’naid és grants pies

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 26 octobre 2018

Ïn r’naid és grants pies

Ci Djulien compte ses dgerènnes, les compte èt les r’compte, se graitte le crâne. Dedûe, è y en mainque yènne. Çoli n’ peut étre que le r’naîd. È rôde poi chi. Le véjïn é raimaissè tyïnze dgerènnes d’égoûerdgies qu’èl é encrottè dains son femie. Mains li, l’égoûerdgeou é léchi des proves de son péssaidge. Tchie ci Djulien, pe de ptchus dains lai çhôjure, pe d’ pieumes poi tiere.

« Aidonc, se ç’ n’ât p’ le r’naîd, tiu ât-ce ? » Djulien n’aittiuje niun, èl ât bïn d’aivô tot l’ monde, dichponibye, sèrvéjâle, le vrai ch’crétaire de tieumeune cment dains l’ temps, qu’an peut dérandgie en n’impoétche quélle hoûere. « Mains se ç’ât le r’ naîd, dedue, craites-me, i airaî sai pé. »

Le s’raye se coutche drie l’ mont. Armè d’ son fie-feu tchairdgie, è s’ tyisse drie le djeurnie. È f’ré le dyèt tote lai neût, s’è fât, mains dedûe, son volou de dgerènnes, è veut l’aivoi, r’naîd o dgen.

Ç’ât ènne neût sains yeune. An n’y voit ran. Djulien ât sietè cment ïn tchessou és aidyèts. È s’ frotte les eûyes. « Ç’ât qu’è n’ fât p’ s’endremi. Çoli s’rait l’ bocat. » Che yote djechou, les dgerènnes dremant en aittendaint le tchaint di pou.

Dous hoûeres soénnant â môtie. È yi sanne oûyi âtye drie les greg’nies. È tire sains vijaie. Brut d’étchaippâle, peus pus ran. Èl ât temps po lu d’allaie â yét.

En lai pityatte di djoué, è vïnt ïnchpectaie les yûes. Ran de chuchpect, safe… ïn soulaie aibaindnè és boûenes de son tieutchi.


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Renard au grand pied

Comme chaque soir, Julien compte ses poules, les compte et les recompte, se gratte le
crâne. Ma parole, il en manque une. Cela ne peut être que le renard. Il rôde dans les
parages. Le voisin a ramassé quinze poules égorgées qu’il a enfouies dans son fumier. Là, le voleur, entré par effraction, a signé son passage. Il y a des pièces à conviction. Ici, en revanche, pas de trou sous la clôture, pas de plumes sur le sol.

« Alors, si ce n’est pas le renard qui est-ce ? » Julien n’a pas de raison de soupçonner qui que ce soit. Il est bien avec tout 1ᵉ monde, disponible, serviable, le vrai secrétaire communal à l’ancienne, celui qu’on peut déranger pour un oui pour un non, même en dehors des heures. « Et si c’est le renard, je vous jure, j’aurai sa peau. »

Le soleil glisse derrière le mont. Armé de son fusil chargé, Julien se faufile derrière le poulailler. Il fera le guet toute la nuit, s’il le faut. Son voleur, il l’aura, renard ou pas renard.

C’est une nuit sans lune. On n’y voit goutte. Dans la position du chasseur à l’affût, Julien se frotte les yeux. « Non, je ne vais pas m’endormir, ce serait le comble. » Sur leur perchoir, les poules dorment aussi en attendant le chant du coq.

Deux heures sonnent au clocher du village. Julien devine une présence derrière les groseilliers. Il tire au hasard. Bruit furtif d’un fuite, puis à nouveau le silence. Il est temps pour Julien d’aller se coucher.

A l’aube, il vient inspecter les lieux. Rien de suspect, sauf… une chaussure abandonnée à la limite du jardin.