Publié : 2 mars 2018

Zidore chez le médecin

Le Zidore tchie l’ méd’cïn

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 2 mars 2018

Le Zidore tchie l’ méd’cïn

—  Zidore, i veus pare ïn rendez-vous po toi tchie l’ méd’cïn. Çoli fait mit’naint péssè ïn an que te n’ t’és pus fait contrôlaie. En nos aidges, an nôs r’commainde d’ faire ïn éxamen tchéque annèe.

—  Poquoi qu’i y irôs. I n’ seus p’ malaite.

—  An n’ont p’ fâte d’étre malaite po faire ïn bilan d’ saintè.

—  Poéche qu’i t’ dis qu’i n’en n’ai p’ fâte. I m’ sens bïn, i maindge bïn, i bois bïn…

—  Ïn po trop, qu’è m’ sanne.

—  Coidge-te, Mélie. È seuffit qu’i pésseuche ènne visite po qu’ m’è troveuche âtye.

—  Tetete. I yi téléphone èt peus ç’ât moi qu’i veus t’ condure.

—  È n’ manqu’rait pus qu’ çoli. I peus encoé mairtchi. Dâ qu’i n’ vois pus dyère, i peus encoé allaie tot d’ pai moi djunqu’en lai Ziggourat.

Lai fanne é pris rendez-vous, èt peus mon Zidore feut oblidgi d’ se pièyie. È n’ sie ran d’allaie contre lai v’lantè d’ lai Mélie. Zidore é pris sai biaintche cainne èt peus è en aivaint, mairtche. Yun, dou, yun dou !

—  Yé bondjoué, Zidore. Entrèz pie, èt peus sietèz-vôs. Çoli fait grant qu’i n’vôs ai pus vu.

—  Ç’ât mai fanne, dottoé…

—  Éh bïn, èlle é bïn fait. Bon, è y é ces oeûyes. Mains li, an n’y peut pus ran. È prepôs, vôs p’sèz cobïn ?

—  Oh, d’aivô les breliçhes, çoli dait bïn faire dains les septante kilos.

—  Èt peus sains les breliçhes ?

—  Sains les breliçhes, i n’vois meinme pe lai balance.


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Zidore chez le médecin

—  Zidore, je vais te prendre un rendez-vous chez le médecin. Cela fait maintenant un an passé que tu ne t’es plus fait contrôler. À nos âges, il est recommandé de passer un examen médical chaque année.

—  Pourquoi est-ce que j’y irais. Je ne suis pas malade.

—  On n’a pas besoin d’être malade pour faire un bilan de santé.

—  Puisque je te dis que je n’en n’ai pas besoin. Je me sens bien, je mange bien, je bois bien…

—  Un peu trop, me semble-t-il.

—  Tais-toi, Mélie. Il suffit que je passe une visite pour qu’il me trouve quelque chose.

—  Tetete. Je vais lui téléphoner et puis c’est moi qui te conduirai.

—  Il ne manquerait plus que ça. Je peux encore marcher. Même si je ne vois plus guère, je peux encore aller tout seul jusqu’à la Ziggourat.

La femme a pris rendez-vous. Zidore fut bien obligé de se plier. Il ne sert à rien de s’opposer à la volonté de la Mélie. Zidore a pris sa canne blanche et en avant, marche, une deux, une deux !

—  Bonjour, Zidore. Entrez, je vous prie, et asseyez-vous. Ça fait un bout de temps que je ne vous ai vu.

—  C’est ma femme, docteur…

—  Elle a bien fait. Bon, il y a ces yeux. Mais là, on n’y peut plus rien. À propos, vous pesez combien ?

—  Oh, avec les lunettes, ça doit bien faire dans les septante kilos.

—  Et sans les lunettes ?

—  Sans les lunettes, je ne vois même pas la balance.


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