Publié : 24 août 2018

Péché d’orgueil

Péché d’ordyeû

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 24 août 2018

Péché d’ordyeû

Tchéque maitïn, è son révoiye, Lucette se raivoéte tote nude d’vaint son grant mirou.

—  Mon Dûe, ç’ qu’ i aî tchaindgie, qu’èlle se dit. Mon hanne n’y voit ran. Ou bïn, è n’ veut p’ voûere lai réaiyitè en faice. È m’dit qu’i seus aidé lai meinme. È m’ainme, èl ât dgentil, è m’ veut faire piaiji. Lu è fait encoé djûene. È poérrait encoé pyaire. Â long d’ lu, i seus ènne petète véye. Le moére raintri èt mitchoulè, des taitches ch’ les brais, des kilos d’ trop…

Ïn soi, aiprés l’ traivaiye, son hanne s’ât râtè â kiosque po yi è aitchtaie ènne revue ch’ lai biâtè. Ch’ lai tçhvéche, è y aivait ènne bèlle fanne bïn chiquèe. C’était graiy’nè : D’moérez bèlle aiprés cïntyante ans. Lucette é cheuyè les aivéjes, èlle é aitchtè ces produts miraiçhes, èlle é ïn pô predju di poids èt, â bout de quéques snainnes, se raivoétaint tote nude d’vaint son grant mirou, èlle é çhôri èt peus, po l’ premie côp dâ grant, èlle s’ât trovèe bèlle. Ç’ât c’ment s’èlle aivait raidjûeni.

—  I n’seus p’ chi mâ qu’ çoli.

 meinme môment, è yi sannait oûyi ènne mychtériouse voix que lai sèrmoénait : « Ordiouje ! Te n’ sais p’ que l’oûerdyeû, ç’ât ïn grant défât. Ç’ât meinme le pus grant des sept. Dûemoène, t’adrés t’ conféssaie. »

Voici mai Lucette tote étrulèe dains lai boite és mentes :

—  Père, i aî commis l’ péché d’ oûerdyeu. I m’ seus raivoétèe dains l’ mirou èt peus i m’ seus trovèe bèlle.

Le tiurie était pressie.

—  Ne vôs traitçhaissez pe po çoli, mai féye. S’endieûjaie n’ât p’ïn péché.

Note

S’endieûjaie, se tromper


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Péché d’orgueil

Chaque matin, à son réveil, Lucette, toute nue, s’examine dans son grand miroir.

—  Mon Dieu, ce que j’ai changé, se lamente-t-elle. Mon mari n’y voit rien. Ou alors, il refuse de voir la réalité en face. Il me répète que je suis toujours la même. C’est qu’il m’aime, il est gentil, il veut me faire plaisir. Il paraît encore jeune. Il pourrait encore plaire. En comparaison, je suis une petite vieille. La face ridée et marquée de taches de rousseur, des taches sur les bras, des kilos en trop…

Un soir, après son travail, son mari s’est arrêté au kiosque pour lui acheter une revue consacrée à la beauté. La couverture montrait une jolie femme très soignée. Le texte disait : Restez belle après cinquante ans. Lucette a suivi les conseils prodigués par la revue. Elle s’est procuré ces produits miracles, elle a un peu maigri et, au bout de quelques semaines, s’examinant toute nue devant son grand miroir, elle a souri. Pour la première fois depuis fort longtemps, elle s’est trouvée belle, un peu comme si elle avait rajeuni.

—  Je ne suis pas si mal que ça.

Au même instant, il lui semblé entendre une voix intérieure qui lui adressait des reproches : « Orgueilleuse ! Tu ne sais donc pas que l’orgueil est un grand défaut. C’est même le plus grand des sept péchés capitaux. Dimanche, tu iras t’en confesser. »

Notre pécheresse, honteuse, est agenouillée dans le confessionnal :

—  Père, j’ai commis le péché d’ orgueil. Je me suis regardée dans le miroir et je me suis trouvée belle.

Le confesseur était pressé.

—  Soyez sans crainte, ma fille. Se tromper n’est pas un péché.