Publié : 16 novembre 2018

Un test d’intelligence

Ïn tècht’ de compregnoure

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 16 novembre 2018

Ïn tècht’ de compregnoure

Di temps d’ lai yutte po note libretè, è y aivait dous rotes que s’aiffrontïnt, les blïns èt peus les poûes-sèyès. Ïn djoué, le tchèf des poûes-sèyès s’en vïnt trovaie le tchèf des blïns. « Dâ qu’ nôs n’ sons p’ d’ lai meinme aivéje, nôs s’ poéyans djâsaie. Nôs n’ sons p’ des savaidges. »

—  Qu’ât-ce te m’ veus ?

—  Cment qu’ te fais po t’entoéraie de dgens capayes. Ès l’aint aidé des boénnes aivisales. Le côp d’ lai coranne de cairattes dains lai fosse és oûes, lai fois d’ lai mâjon d’ vèlle è Berne, l’aittyeuye de ci Chaudet és Randgies, les raîçh’tçhués. An en ont prou djâsè dains tot l’ paiyis èt meinme defeû. Nôs, nôs ains bïn lai Gene, lai fèye de ci Virgile, mains è nôs en faraît pus.

—  T’ veus saivoi cment i tchoisis mes dgens ? Ran d’ pus aijie : i yôs fais péssaie ïn tèchte de compregnoure.

—  Bèye-me ïn ésempye.

—  Euvre tot grant tes dous araoiyes. I aippele ci Roland Béguelin. « Bondjoué, Roland. Ç’ât po ïn tèchte de compregnoure. Voili : ç’ât l’afaint de tes poirents mains ç’ n’ât p’ ne ton frére ne tai soeur. Tiu ç’ât ? »

An oûe ci Roland que répond dains l’aippaireil : « Yè paidé, ç’ât moi. »

De r’toué en l’hôtâ, le tchèf des poûes-sèyès aippele yun di P’tèt-Vâ. « Dis voûere, d’vaint que de t’engaidgie, i t’ veus posaie ènne devijatte : ç’ât l’afaint de tes poirents mains ç’ n’ât p’ ne ton frére ne tai soeur. Tiu ç’ât ?

—  I m’ renseigne, dit l’âtre, èt peus i t’ raippele.

È poje lai quèchtion â préfèt que yi répond :. « Ç’ât moi. » È raippele le tchèf des poûes-sèyès : « I aî trovè. Ç’ât l’ préfèt. »

—  Predju. Ç’ât ci Roland Béguelin !

On l’aura compris, la fantaisie ci-dessus est une pure fiction.


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Un test d’intelligence

Du temps de la lutte pour notre liberté, deux groupes opposés s’affrontaient, les béliers et les sangliers. Un jour, le chef des sangliers s’en vint trouver le chef des béliers. « Même que nous ne sommes pas de la même opinion, nous pouvons nous parler. Nous ne sommes pas des sauvages. »

—  Qu’est-ce que tu me veux ?

—  Comment fais-tu pour t’entourer de gens compétents. Ils ont toujours de bonnes idées. Le coup de la couronne de carottes dans la fosse aux ours, l’action à l’hôtel de ville de Berne, l’accueil de Chaudet aux Rangiers, les ramoneurs. On en a suffisamment parlé dans toute la Suisse et même à l’étranger. Nous, nous avons bien Geneviève, la fille de Virgile, mais il nous en faudrait plus.

—  Tu veux savoir comment je choisis mes gens ? Rien de plus facile : je leur fais passer un test d’intelligence.

—  Donne-moi un exemple !.

—  Ouvre tes deux oreilles. J’appelle Roland Béguelin en ta présence. « Salut, Roland. C’est pour un test d’intelligence. Voilà : c’est l’enfant de tes parents, mais ce n’est ni ton frère ni ta sœur. Qui est-ce ? »

Dans l’appareil, on entend la voix de Roland Béguelin : « Pardi, c’est moi. »

De retour chez lui, le chef des sangliers appelle un sympathisant du Petit-Val. « Dis donc, avant de t’engager, je veux te poser une devinette : c’est l’enfant de tes parents, mais ce n’est ni ton frère ni ta sœur. Qui est-ce ? »

—  Je me renseigne et je te rappelle, dit l’autre.

Le camarade pose la question au préfet que lui répond :. « C’est moi. » Il rappelle le chef des sangliers. : « J’ ai trouvé. C’est le préfet. »

—  Perdu. C’est Roland Béguelin !