Publié : 13 mars

Un infirme séduisant

Ïn chéduyaint malkeusse

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 13 mars 2020

Ïn chéduyaint malkeusse

Le Torin é t’aivu ïn grave aiccident. Les méd’cïns aint daivu yi copaie ènne tchaimpe. Èls yi aint botè ènne tchaimpe de bôs en lai piaice. Bïn chûr qu’è n’ât pus ataint dégaidgie qu’aivaint. È n’ sairait baittre ci tchaimpion malkeusse qu’é sâtè quasi dous mètres chu ènne seule tchaimpe. L’aivantaidge, ç’ât qu’ mit’naint è peut prévoûere le temps meu qu’ lai météo.

Le Torin é r’pris son traivail. Èl é fait transformaie sai dyïmbarbe. En ses condgies, è bèye ïn côp d’ main en son bâ-frére qu’ât paiyisain. Son handicap ne l’empêche pe de r’luquaie les bèlles fannes. Èl é aidé ainmè chédure. Crais bïn mit’naint encoé pus que ci en d’vaint. Sai propre fanne ât des pus djailoujes. Ès s’ tchicoénant quasi tos les djoués, meinme devaint les afaints.

Le soi, d’vaint que de s’ coutchi, le Torin décreutche sai tchaimpe de bôs. È dgendye chu sai boénne tchaimpe djuqu’en son yét.

Âdj’d’heu, le Torin n’ât p’ dains son aissiete. D’aivéje, è çhiôte c’ment ïn oujé dâ tot â maitïn.

- T’en fais ïn moére, qu’i yi dis. Qu’ât-ce que t’és ?
- Ç’ât mai tchaimpe de bôs. I l’aî senti tote lai neût ?
- Mains qu’ât-ce te m’ tchaintes ? Ènne tchaimpe de bôs, çoli n’ fait p’ seuffri.
- Que chié. Hyie â soi, mai fanne m’en é fotu ïn grant côp ch’ lai téte.

Notes
dégaidgie, alerte
dgendyaie, sautiller
Fin

saut en hauteur aux Jeux Paralympiques, Zhiqiang Zhong a impressionné le stade olympique de Rio en franchissant une barre à 1m77 sur une seule jambe. L’athlète asiatique a été amputé d’une jambe.


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Un infirme séduisant

Victorin a eu un grave accident. Les médecins ont dû lui couper une jambe. Ils lui ont mis une jambe de bois à la place. Évidemment, il n’est plus aussi alerte qu’avant. Il ne saurait se mesurer à ce champion unijambiste qui a réussi un saut hauteur de presque deux mètres sur une seule jambe. L’avantage, c’est que maintenant, il peut prédire le temps mieux que la météo.

Victorin a repris ses activités professionnelles. Il a fait adapter sa voiture. Pendant ses vacances, il donne un coup de main à son beau-frère paysan. Son infirmité ne l’empêche pas de lorgner les belles femmes. Il a toujours été un séducteur. Sans doute encore plus maintenant. Sa propre femme crève de jalousie. Ils se querellent presque tous les jours, même devant les enfants.

Le soir, avant de se coucher, Victorin décroche sa jambe de bois. Il sautille sur sa jambe valide jusqu’à son lit.

Aujourd’hui, Victorin n’est pas dans son assiette, lui qui d’habitude sifflote commun oiseau dès le matin. Je lui dis :

- Tu en fais une trogne. Qu’est-ce que tu as ?
- C’est ma jambe de bois. Je l’ai sentie toute la nuit ?
- Qu’est-ce que tu me chantes ? Une jambe de bois, ça ne fait pas souffrir.
- Si, si ! Hier soir, ma femme m’en a flanqué un grand coup sur la tête.