Publié : 30 janvier 2015

Fragilité

Çhaîlance

Bernard Chapuis

Paru dans LQJ du 30 janvier 2015

Çhaîlance

« Tenis-vôs prâts. Djésus eurvïnt. Ran n’vait pus. È dait vni po r’botaie de l’oûerdre. Révoiyietes-vôs ! »

Ènne djûene fanne prâtchait ch’lai piaice des Bennelats. Les hannes s’râtïnt po lai révijaie, les fannes po l’oûyi. Ç’ât qu’èlle était bèlle èt peus qu’èlle djâsait bïn.
« Nôs vétyans les dries temps. Lai fïn di monde ât preutche. È y airé des frebèyes, des criyâs, des déseûdges, d’avô brament d’moûes. Dépadgies-vôs d’vôs r’penti. »

- Èlle nôs fait pavou, dit ènne fanne.

- Ç’ât tot d’meinme ènne sacré bèlle baichatte, dit ïn hanne. I n’l’écoute pe, i lai dévisaidge.

« Nôs vlans tus y péssaie. »

- Vôs craites ? demainde ènne fanne.

- I m’en fos, yi répond ïn hanne.

« Nôs n’sons tus ran qu’des poûeres fâtous, èt peus moi lai premiere. Nôs sons tus bïn çhailats sains le s’coué di Trés-Hât. Niun ne coégnat l’aiv’ni, niun ne sait s’è sré encoé li demain. Le Bon Dûe peut vôs raipplaie d’ènne minute en l’âtre. Vôs n’saites ne le djoué ne l’hoûere. Tenis, moi, hyie â soi, i étôs dans les brais de mon hanne. Mitnaint, i prâtche devaint vôs. Tiu sait, demain, i sraî crais bïn dains les brais di Seigneur.”

Ïn couéy’nou yi brêuye :

- Èt peus aiprés-demain, vôs n’éz ran ?

Note :
des frebèyes, des criyâs, des déseûdges, : des détresses, des calamités, des catastrophes


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info document -  MP3 - 1.7 Mo

Fragilité

« Tenez-vous prêts. Jésus revient. Rien ne va plus.Il doit venir mettre de l’ordre. Réveillez-vous ! »

Une jeune femme prêchait sur la Place des Bennelats. Les hommes s’arrêtaient pour la regarder, les femmes pour l’écouter. C’est qu’elle était belle et qu’elle parlait bien.
« Nous vivons les derniers temps. La fin du monde est proche. Il y aura des détresses, des calamités, des catastrophes, avec beaucoup de morts. Hâtez-vous de repentir. »

- Elle nous fait peur, dit une femme.

- C’est tout de même une sacré belle fille, dit un homme. Je ne l’écoute pas, je la dévisage.

« Nous allons tous y passer. »

- Vous croyez ? demande une femme.

- Je m’en fous, lui répond un homme.

« Nous ne sommes tous que de pauvres pécheurs, et moi la première. Nous sommes bien fragiles sans le secours du Très-Haut. Personne ne connaît l’avenir, personne ne sait s’il sera encore là demain. Le Bon Dieu peut vous rappeler d’une minute à l’autre. Vous ne savez ni le jour ni l’heure. Tenez, moi, hier soir, j’étais dans les bras de mon mari. En ce moment, je prêche devant vous. Qui sait, demain, je serai peut-être dans les bras du Seigneur.”

Un plaisantin lui crie :

- Et après-demain, vous n’avez rien ?


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