Publié : 27 octobre

Le bon sens

Le s’né

Jean-Marie Moine, Arc Hebdo octobre 2017

Le s’né

Tiaind qu’ i déchends è pie, en vèlle, en Lai Tchâ-d’-Fonds, i ainme bïn péssaie poi ïn p’tét paîrtçhe qu’ se trove vés l’ Écôle d’ aipplitçhès l’ évoingnes. Dains ci paîrtçhe, è y’ é quéque djûes po les p’téts l’ afaints : ïn p’tét tchvâ po s’ balainchie, ènne échpèche de p’téte tyissoûe-re … . Le d’rie côp qu’ i seus péssè poi li, ènne petéte rotte d’ afaints, d’ l’ af’nainne écôle, djuïnt â « chi t’ aittraipe ». Ïn afaint aippûe contre ïn aîbre comptait djainqu’ è trâs di temps qu’ ses caim’râdes s’aippretchïnt tot bâl’ment d’lu. P’ è se r’virait raibainn’ment. Les afaints qu’étïnt chôrpris encoé en train d’ maîrtchi d’ sai sen, étïnt éy’menè. I m’ airrâté bïn chur po cheûdre ïn pô ci djûe. Mains… ! I ôyé qu’ l’ afaint comptait en all’moûess, di temps qu’ tos les âtres l’ afaints bairdjaitçhïnt en frainçais. I d’maindé en lai maîtrâsse che ces afaints étïnt d’ allmoûess laindye. Nian qu’ èlle me réponjé, ç’ ât tus des p’téts Tchâd-d’fonnies. È bin nôs voili bïn en oûedre qu’ i y’ dié ; vôs v’lèz faire de tus ces afaints des saivaints. D’main, ç’ ât yôs que v’lant c’maindaie les poûeres beûjons c’ment qu’ vôs pe moi. Qu’ ât-ç’ qu’ vôs dites, qu’èlle repregné ? I yi d’maindé ch’ èlle aivait aippris tot çoli tiaind qu’ èlle aivait l’ aîdge de ces afaints. Nian, qu’ èlle réponjé. È bïn vôs voites, moi non pus, çoli veut dire qu’ nôs sons, vôs c’ment qu’ moi, des grôs l’ ainonceints (des imbéciles). I m’ pèrmâté de d’maindaie en l’afaint qu’ comptait ch’è saivait c’ que v’lait dire le « vie… » [po « vier » en all’moûess, quaitre en patois] qu’ è v’niait d’dire. È m’ réponjé qu’ nian ! Pe, te sais ïn pô comptaie, en frainçais. Sai réponche feut nian. C’ment qu’ èl aivait ènne môtre en son brais, i yi d’maindé qué l’houre èl était. Ê réponjé encoé « I n’en sais ran ». Dâdon, i djâsé ïn pô daivô lai maî-trâsse qu’ finâment m’ dié : « I crais bïn qu’ vôs èz réjon ! » Èlle ïntreronté l’ djûe « chi t’ ait-traipe ». Pe èlle moinné ses éyeuves vés ènne grôsse môtre en bôs daivô, bïn chur ran
qu’ doûes aidyeuyes : lai pus p’téte, ç’té des houres pe lai pus grôsse, ç’té des m’nutes. Èlle demaindé en ses djûenes l’ éyeuves qu’ aivïnt quâsi tus ènne môtre, de botaie, è virat d’ rôye, les aidyeuyes en bôs en lai boinne piaice. C’ment qu’ ç’était les trâs d’ lai vâprèe, çoli s’ péssé bïn soîe. Yun des afaints qu’ était pairmé les d’ries è v’ni faire l’ éjèrchiche, dié : mains, lai grôsse aidyeuye é tchaindgie d’ piaice. Enfïn ïn ensoingn’ment qu’ é di s’né 

J-M. Moine

Le bon sens

Quand je descends à pied, en ville, à La Chaux-de-Fonds, j’aime bien passer par un petit parc qui se trouve vers l’Ecole des arts appliqués. Dans ce parc, il y a quelques jeux pour les petits enfants : un petit cheval pour se balancer, une espèce de petit toboggan… La dernière fois que je suis passé par là, un petit groupe d’enfants, de l’école enfantine, jouaient à « si je t’attrape »
Un enfant appuyé contre un arbre comptait jusqu’à trois pendant que ses camarades s’approchaient lentement de lui. Puis il se retournait rapidement. Les enfants qui étaient surpris encore en train de marcher de son côté étaient éliminés. Je m’arrêtai bien sûr pour suivre un peu ce jeu. Mais… ! J’entendis que l’enfant comptait en allemand, pendant que tous les autres enfants barjaquaient en français. Je demandai à la maîtresse si ces enfants étaient de langue allemande. Non me répondit-elle, ce sont tous des petits Chaux-de-fonniers. Eh bien, nous voilà bien lotis lui dis-je ; vous allez faire de tous ces enfants des savants. Demain, ce sont eux qui vont commander les pauvres benêts comme vous et moi. Que dites-vous, reprit-elle ? Je lui demandai si elle avait appris tout cela quand elle avait l’âge de ces enfants. Non, me répondit-elle. Eh bien vous voyez, moi non plus, cela signifie que nous sommes, vous et moi, comme de grands imbéciles. Je me permis de demander à l’enfant qui comptait s’il savait ce que voulait dire le « vie » [pour « vier » en allemand, quaitre en patois]. Il me répondit que non ! Et, sais-tu un peu compter en français ? Sa réponse fut non. Comme il avait une montre à son bras, je lui demandai quelle heure il était. Il répondit encore « Je n’en sais rien ». Alors, je parlai un peu avec la maîtresse qui finalement me dit : « Je crois bien que vous avez raison ». Elle interrompit le jeu « si je t’attrape ». Puis elle conduisit ses élèves vers une grande montre en bois avec, bien sûr seulement deux aiguilles : la plus petite, celle des heures et le plus grande, celle des minutes. Elle demanda à ses jeunes élèves qui avaient presque tous une montre, de mettre à tour de rôle les aiguilles à la bonne place. Comme il était trois heures de l’après-midi, cela se passa bien facilement. L’un des enfants qui était parmi les derniers à venir faire l’exercice a dit : la grande aiguille a changé de place. Enfin un enseigne-ment qui a du bon sens !