Publié : 15 décembre 2017

Aide-toi, le ciel t’aidera

Aide-te, le cie t’aidré

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 15 décembre 2017

Aide-te, le cie t’aidré

Èl aivait pieu sains râtaie dâ l’ècmence di mois. An n’aivait djemais vu ïn tâ déyeudge. En ènne neût, le pont feut empoétchè poi les âves. È ne s’rait pe reconchtrut aivaint le paitchi-feu. Le v’laidge se trovait copè en dous. Po s’ rendre d’ènne rive en l’âtre, è n’y aivait pus qu’ïn moyïn, lai bairtçhe.

Voili qu’ le tiurie feut aipp’lè de l’âtre sens po bèyie les dries saicrements. È d’maindé â chavie de v’ni d’aivô lu. Le chavie monte dains lai bairtçhe en premie, tend lai main â tiurie que monte è son toué.

- Sietez-vôs, Chire, èt peus tenites-vôs de totes vos foûetches ! dyé l’chavie que s’boté en lai mainoeuvre.

Ç’ n’était p’ aigie. Lai bairtçhe allait dains tos les sens. Le courant lai tirait en avâ, lai soy’vait. En pus, c’était l’ soi, an n’y voiyait gotte. L’âve entrait dains lai bairtçhe. Les dous l’hannes en aivïnt djuqu’és dgenonnyes.

- Mon Dûe, M’sieur l’ tiurie, nôs sons predjus. Mai fanne, mes trâs poûeres aif’nats. Prayietes, M’sieur l’ tiurie, prayietes taint qu’ vôs peutes. È n’y é qu’ lai prayiere que peut nôs sâvaie.

- Raime èt peus n’ t’y fie pe, dit l’tiurie qu’aivait aitaint pavou qu’ lu.

Ès sont airrivès tot môs d’ l’âtre sens. Le tiurie é fait son office. Les dgens yos aint bèyie des satches vétures. Èls aint péssè lai lôvre â câre di fûe, peus ès s’ sont coutchis. Le lend’main, le s’raye était r’veni.

Inspirée d’une histoire sombre qu’on racontait au bord du Doubs le soir à la veillée.


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info document -  MP3 - 1.7 Mo

Aide-toi, le ciel t’aidera

Il avait plu sans interruption depuis le début du mois. On n’avait jamais vu un tel déluge. En une nuit, le pont fut emporté par les eaux. Il ne devait pas être reconstruit avant le printemps. Le village se trouvait dès lors coupé en deux. Pour se rendre d’une rive à l’âtre, il n’y avait plus d’autre moyen que la barque.

Le curé fut appelé de l’autre côté pour administrer les derniers sacrements. Il demanda au sacristain de l’accompagner. Le sacristain monte dans la barque le premier, tend lai main au curé qui monte à son tour.

—  Asseyez-vous, Monsieur le curé, et tenez-vous de toutes vos forces, dit le sacristain qui se mit à manœuvrer.

Ce n’était pas facile. La barque partait dans tous les sens. Le courant la tirait en aval, la soulevait. Précisons que c’était le soir et qu’on n’y voyait goutte. L’eau s’engouffrait dans la barque. Les deux hommes en avaient jusqu’aux genoux.

—  Mon Dieu, Monsieur le curé, nous sommes perdus. Ma femme, mes trois pauvres petits ! Priez, Monsieur le curé, priez tant que vous pouvez. Il n’y a que la prière qui puisse nous sauver.

—  Rame et n’y compte pas trop, dit le curé qui avait aussi peur que lui.

Ils sont arrivés trempés sur l’autre bord. Le curé a rempli son devoir. La maîtresse de maison leur a donné des habits secs. Ils ont passé la veillée auprès du feu, puis ils se sont couchés. Le lendemain, le soleil était revenu.

Inspirée d’une histoire sombre qu’on racontait au bord du Doubs le soir à la veillée.


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