Publié : 15 octobre

Le rémouleur

Le Rémôlou

La Babouératte, la Coccinelle, Marie-Louise Oberli

Article paru dans le Franc-Montagnard

Le remôlou

Devaint-yie, le Tiéna s’ât raimouénè. Tos les ans, ai po prés en çt’épôque, è fait sai touénèe dains les haimés.
Èl ât remôlou ambulaint. Sai tchairatte tchairgie de ses utis, de ses aiffaires, mains sutot de lai caidge de Djaicot, son ôsé djâsou mâ èyeutchi.
Cmen è son aivésie, po quéques djoués, è leudge tchie moi. Fât dire qu’y couégnas le Tiéna dâs bélle luratte. Èl ât de boènne compagnie.
Ç’ât ïn méetre dains son métie. Remôlaie coutés, cisés, pïnces ès ônyes, haitchattes de tcheusène, è s’y couégnat. Tot pitche po rèyue les caquèlles en térre tcheûte de Bonfô. Aidjustaie câsuèllement les mouéchés d’ène caquèlle creussue aivô des aigraifes maiynèes aivô des épïngnes ès pois de tchignons. Les baleinnes des pairaipûes étaïnt rechiquèes tot content. Lai touénèe des hôtâs di haimé aitchevèe, lai tchairatte retchairgie, Djaicot d’aivô…
D’âtres vlaidges aittendaïnt le remôlou. L’an-nèe que vïnt, y tchuâs le sédjoué de Tiéna pus pyain que ci derrie. È fât qu’y vos échpliqueusse : Daime Dgénie, ancïnne raiccouédjaire en l’écôle di vlaidge, m’aivait baiyie Eliot, son ôsé-djâsou, è voidjaie po ène tchïnzaine de djoués. Ïn ôsé des meux èyeutchis aivo ïn djasaie ïntéllidgeint, frut des aivésies de Daime Dgénie. Ôyire les babouéyaidges des doux ôsés se tchaimaiyie, ne tïnt vôere de l’aicadémie ! Djaicot breûyit « Se pé élle virit de l’eûye ç’te véye djenâche ». Eliot tot pyain, saidgement y baiyie lai réplitche : « Que tai vlantè feûche faite ! »
Y étôs solaidgie tchaind le Néchti m’é ainnoncie son dépaît en lai léste. N’envoidge qu’y airaî tot-pyein de pyaisi l’an-nèe que vïnt de le rcidre aivô son Djaicot.
Les véyes aimities, ç’ât di fêchte. È fât les entretenie.

Lai Babouératte

Le rémouleur

Avant-hier, l’Étienne s’est ramené. Tous les ans, à peu près en cette époque, il fait sa tournée dans les hameaux.
Il est rémouleur ambulant. Sa charrette chargée de ses outils, de ses affaires, mais surtout de la cage de Jacquot, son perroquet mal éduqué.
Comme à son habitude, pour quelques jours, il loge chez moi. Faut dire que je connais l’Étienne depuis belle lurette. Il est d’agréable compagnie.
C’est un maître dans son métier. Aiguiser couteaux, ciseaux, pinces à ongles, hachettes de cuisine, il s’y connaît. Tout pareil pour réparer les écuelles en terre cuite de Bonfol. Ajuster délicatement les morceaux d’une écuelle brisée avec des agrafes bricolées avec des épingles à cheveux de chignons. Les baleines des parapluies étaient réparées sur-le-champ. La tournée des maisons du hameau achevée, la charrette rechargée, Jacquot avec…
D’autres villages attendaient le rémouleur. L’année prochaine, je souhaite le séjour d’Étienne plus calme que ce dernier. Il faut que je vous explique : Dame Eugénie, ancienne institutrice à l’école du village, m’avait donné Eliot, son perroquet, à garder pour une quinzaine de jours. Un oiseau des mieux éduqués avec un parler intelligent, fruit des habitudes de Dame Eugénie. Écouter la conversation des deux perroquets se chamailler, ne tenait guère de l’académie ! Jacquot braillait : « Si seulement elle tournait de l’oeil cette vieille sorcière. » Eliot tout calmement, sagement lui donner la réplique : « Que ta volonté soit faite ! »
J’étais soulagée lorsque l’Étienne m’a annoncé son départ précipité. N’empêche que j’aurai beaucoup de plaisir l’année prochaine à le recevoir avec son perroquet.
Les vieilles amitiés, c’est du solide. Il faut les entretenir.

La Coccinelle