Vous êtes ici : Accueil > Contes, nouvelles, chansons, presse, radio, films, pages d’histoire > Pages d’histoire > Coutumes > Babouératte, Djaîrie, aivése ? Manie, habitude ?
Par : Fleury LJ
Publié : 1er mai 2011

Babouératte, Djaîrie, aivése ? Manie, habitude ?

Djaîrie, aivése ?

Nico ât aiccreûpi, ïn frelat d’étrain entre les doigts, aivô lequé è bréguène ène freumi. È tchainte ène snyeûle di temps péssè « Y aî di bon toubac dains mai toubaquîere, y aî di bon toubac te n’en airés pon … ».

- Ci redyïndiat n’ât pus vôere tchaintè adjd’heu pe n’ât pus en lai môde ! Qu’en muses-te graind-pére ? Demainde le petét-fé è son aiyeu qu’ât otchupè è tchegni sai tcheulate.

- Ço qui en muse… heu, bïn des tchoses. Po ècmencie, ce n’ât pus en mon aîdge qui veux pyaquaie de femaie. Y me svïns d’ène tcheûsainte aivisâle faîte tchaind y aivô è po prés ton aîdge. Ne le raiconte pon è tai graind-mére, èlle se fotré de moi ! Aivô des caimerâdes d’écôle, nos sons allès â Graind-Ptchu, yûe voùé nos étaïns chûr d’y trovaie di bôs d’aivri po le femaie. Coitchies derrie lai leudge és bétes, fies cmen des pous, nos tirie fôe de bouennes bouffèes â bout des braintchattes, taiyies en cigarettes po faire pus vrâ. Mains, tchaind que l’estomaic é ècmencie è se revirie, nos ins tus rgueutsaie cmen de véyes soudayes.

- Y muse que te n’és pus rècmencie aichtôt !

- Que nyan ; ce n’ât que pus taîd, di temps de lai mob. qui me seus aivésie è femaie. Lèvi des sïns, po ne pon tchoir dains lai grie, nos chteuquyïns pe femyïns tot pyein, hichtoire de tuaie le temps. Lai neût, en voidge dains lai cabouénatte, ïn bon chtoumf, femè en coitchatte di juteu (officie), bèyie ène boussiatte bïnhèyurouse feûs des tcheûsains. Â djoué d’adjd’heu on djâserait de dôberies !
Le graind-pére se coise, peurdju dains ses seuvnis è cope, pe tchegne ïn po de rôlat-toubac dains le fouéna de sai tcheulatte.

- Mains graind-pére ! Poquoi mitnaint y te vôe aidé femaie aivô ène tcheulatte ?

- Mains petét, muse ïn po ! Ç’ât pus prâtiche po lai randgie dains lai baigatte. Pe aivô son tyau pus couét, le fouéna me rétchâde le nâ, petét courieux !

Le petét ât coissie. Le graind-pére épreuve de tchaindgie de sudjet.

- Pe toi Nico ? È tchaitchôze ans, és-te dje femè ?

- Nyan graind-pére. En l’écôle les raiccouédjaires nos int botè les eûyes en faice des ptchus. Femaie po les djûenes n’ât pon saïn. È fât tchoisi, qu’ès nos int dit. Aipontie saidgement son aiveni, bïn dains sai téte, le tchûr loidgi, sains s’ailouxaie, obïn s’embrussalaie le cevré pe aivoi de lai poûene è s’ïnchtrure. Le sudjet préseintè pai le méetre était chtraingue. Y aî décidè de ne djemais femaie, mains de continuaie è chlèquaie de lai gômme è maîtchie.

- Te me djâses de gomme è maîtchie, ce n’ât pon ène novâtè. Y aî coingnu çoli devaint toi !

- Raiconte graind-pére.

- Y’étô aivô mon pére, otchupè è raiméssaie ène dépouille dains le bôs di Petét-Tyeumnâ. Tot d’ïn cop, mon pére se râte devaint lai fonte d’ïn grôs saipïn. Son couté de baigatte en main, aivô aidrasse, è tchaipye ïn petét mouéché de poix rose-roudge pe me le baiye.

- .Tchele petét, çoli ç’ât de lai chiclette de tchie nos !
Aicide, du, po ècmencie mains, maîtcheyie ène boussiatte élle lésse dains lai gôerdge ène saivou que te ne troves pon dains tai chiclette.

- Nico, s’è te pyaît, n’étchepe pon tes chiclettes n’entchâ voùé. Ç’ât étcheûtaint ces poûeries que trïnnant â lông des tchmïns.

Lai Babouératte


Juin 2010, Marie-Louise Oberli-Wermeille

Manie, habitude ?

Nicolas est accroupi, un brin de paille entre les doigts, avec lequel il chicane une fourmi. Il chante une ritournelle du temps passé : « J’ai du bon tabac dans ma tabatière, j’ai du bon tabac tu n’en auras pas … ».

- Ce refrain n’est plus guère chanté aujourd’hui et n’est plus à la mode ! Qu’en penses-tu grand-père ? Demande le petit-fils à son aïeul qui est occupé à bourrer son brûle-gueule.

- Ce que j’en pense… heu, bien des choses. Pour commencer, ce n’est pas à mon âge que je veux cesser de fumer. Je me souviens d’une cuisante expérience faite quand j’avais à peu près ton âge. Ne le raconte pas à ta grand-mère, elle se moquerait de moi ! Avec des camarades d’école, nous sommes allés au Grand-Creux, lieu où nous étions sûr d’y trouver du bois de clématite pour le fumer. Cachés derrière la loge à bétail, fiers comme des coqs, nous aspirions de grosses bouffées au bout des branchettes, taillées en cigarettes pour faire plus vrai. Mais, lorsque l’estomac a commencé de se retourner, nous avons tous dégobillé comme de vieux soudards.

- Je pense que tu n’as plus recommencé de si tôt !

- Que non ; ce n’est que plus tard, pendant la mobilisation, que je me suis habitué à fumer. Loin des siens, pour ne pas tomber dans l’ennui, nous jouions aux cartes et fumions beaucoup, histoire de tuer le temps. La nuit, en faction dans la guérite, un bon cigare, fumé en cachette du gradé (officier) procurait un moment de bien-être loin des soucis. Au jour d’aujourd’hui, on parlerait de drogue !

Le grand-père se tait, perdu dans ses souvenirs il coupe, puis presse un peu de tabac en rouleau dans le fourneau de son brûle-gueule.

- Mais grand-père ! Pourquoi maintenant je te vois toujours fumer avec un brûle-gueule ?

- Mais petit, réfléchis ! C’est plus pratique pour la ranger dans la poche. Et avec son tuyau plus court, le fourneau me réchauffe le nez, petit curieux !

Le petit est vexé. Le grand-père essaie de changer de sujet.

- Et toi Nicolas ? A quatorze ans, as-tu déjà fumé ?

- Non grand-père. A l’école les enseignants nous ont mis les yeux en face des trous. Fumer pour les jeunes n’est pas sain. Il faut choisir, qu’ils nous ont dit. Préparer sagement son avenir, bien dans sa tête, le cœur léger, sans s’exciter, ou s’embrumer le cerveau et avoir de la peine à s’instruire. L’exposé présenté par le maître était sévère. J’ai décidé de ne jamais fumer, mais de continuer à mâcher du chewing-gum.

- Tu me parles de chewing-gum, ce n’est pas une nouveauté. J’ai connu ça avant toi !

- Raconte grand-père.

-  J’étais avec mon père, occupé à ramasser une ramée de sapin dans la forêt du Petit-Communal. Tout à coup, mon père s’arrête devant le tronc d’un gros sapin. Son couteau de poche en main, avec adresse, il coupe un petit morceau de résine rose rouge et me le donne.

- Suçote petit, ça c’est du chewing-gum de chez nous !

Acide, dur, pour commencer, mais mâchouillé un moment il laisse dans la bouche une saveur que tu ne trouves pas dans ton chewing-gum.

- Nicolas, s’il te plaît, ne crache pas tes chewing-gums n’importe où. C’est écœurant ces saletés qui traînent le long des chemins.

La Coccinelle

Juin 2010, Marie-Louise Oberli-Wermeille