Publié : 10 août 2018

Un gourmand

Ïn loitchou

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 10 août 2018

Ïn loitchou

—  Qu’ât-ce qu’è veut faire tiaind qu’è s’ré feu d’ l’écôle, vot’ grôs, Djeain-Moueri ?

—  Not’ Honoré ? È n’é qu’ènne musatte en téte, biantchie-paitissie. Nôs yi aint dj’ trovè ènne piaice d’aipprenti.

—  Laivou ?

—  Tchie Gross, le moyou paitissie d’ Poérreintru. Èl aicmence çt’èrba. En aittendaint, èl aide sai mére en lai tieujènne. Ç’ât lu qu’ fait lai déssieteche. Po lai premiere comm’nion d’ sai p’téte soeûr, è nôs é fait des tchôs en lai creinme. Yie â soi, è nôs é fait ïn toétché és çliedges. Po lai Sïnt-Maitchïn, mai fanne yi veut aippâre è faire les chtrifflattes.

Chés mois pus taîd :

—  É s’ pyaît, vot’ Honoré, tchie Gross ?

—  D’mainde yi ! Le voili droit que déchend d’ lai pochte di soi.

—  I seus bin aîje d’ te voûere, Honoré. C’ment qu’ çoli vait tchie Gross ?

—  Des fïn meus. I aî dj’ brament aippris. I sais dj’ faire les maid’leinnes, les gougloufs, le pain predju â socre, les éyeûjes â chocolat.

—  Saicré Honoré, t’en és, d’ lai tchaince. Te peus maindgie des pieces taint qu’ te veus.

—  Dje pe taint qu’ çoli. Il n’ôjerôs pe. Mon paitron ât chtringue. È m’ fotrait lai pâle â tiu. D’ ces paitiss’ries, i n’en maindge pe. I les loitche seulement.

Note

des pieces, des pâtisseries


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Un gourmand

—  Dis-moi, Jean-Maurice, qu’est-ce qu’il va faire, ton fils aîné, quand il aura quitté l’école ?

—  Honoré ? Il n’a qu’une idée en tête, boulanger-pâtissier. Nous lui avons déjà trouvé une place d’apprentissage.

—  Où donc ?

—  Chez Gross, le meilleur pâtissier de Porrentruy. Il commence cet automne. En attendant, il aide sa mère à la cuisine. C’est lui qui fait le dessert. Pour la première communion de sa petite sœur, il nous a fait des choux à la crème. Hier soir, il nous a fait une tarte aux cerises. Pour la Saint-Martin, ma femme lui apprendra la recette des “chtrifflattes”.

Six mois plus tard :

—  Il se plaît chez Gross, Honoré ?

—  Demande-le-lui ! Le voilà justement qui descend de la poste du soir.

—  Je suis bien aise de te voir, Honoré. Comment ça va chez Gross ?

—  Ça ne peut pas mieux aller. J’ai déjà beaucoup appris. Je sais déjà faire les madeleines, les kouglofs, le pain perdu au sucre, les éclairs au chocolat.

—  Sacré Honoré, tu en as, de la chance. Tu peux manger des pâtisseries autant que tu veux.

—  Déjà pas tant que ça. Je ne me permettrais pas. Mon patron est sévère. Il me foutrait à la porte. De ces pâtisseries, je n’en mange pas. Je me contente de les lécher.