Par : Fleury LJ
Publié : 7 septembre 2013

Mes congés d’école

Mes condgies d’écôle

Marie-Louise Oberli, la Babouératte

Mes condgies d’écôle

Mes pus bés seuvnis d’afaint, mitnaint qu’y seus ïn hanne, y remuse, ç’ât cés di temps des condgies d’écôle !
Y aivôs lai tchaince de les péssaie en lai férme de mes grainds-pairents. Pus de tcheûsains d’aippare l’hichtoire suisse, les réyes de grammére, les calculs. Gréynè en lai pyeume sains rébyaie les pyeins pe les délyès, pe taint d’âtres yeçons, tchoses qu’ïn afaint dèt saivoi en sai sôtchie d’écôle. Le raicouédjaire était chtraingue, mains djeûte. En lai férme aivô mon graind-pére, les yeçons, se nos poyans pailaie de yeçons, étaïnt diffreintes !

Èl aivait brâment de cognéssainces aitchises, â coués de sai vétchaince de paiyisain, pe pon aivoircyou de les paitaidgie.

Fât dire qu’aivô son langaidge di cru, è môessyè svent des mots de patois dains ses raicontes. Ses hichtoires étaïnt caiptivaintes.

Moi, totes aroiyes évoiyies, y me coisôs. Sai ruje po pare les raites dains les entchétres di g’nie, obïn les boussreûs dains les tchaimps : « Ç’ât pon pairie. » qu’è dyait.

Cment èl aivait ritè po aittraipaie les létans po yôs révaie l’ônyat des eûyes. Ène côtume que ne se fait pus adjd’heu. Taint meux ! Porcheûdre, en le rossoiyïn d’âve, ïn djtun d’éssattes pe envoidgeaie son évadnèe di besson.

Aivô qué tcheûsain è survoiyie ses dgelènes !

Das qu’ène covassie, ïn étchaindge d’ûes tchie ïn vesïn s’ïmpôsait po les botaie covaie. Dains lai raice des dgelènes, è fât tchaindgie de pou tos les ans ! Aivô ïn eûye-miga, èl aidjoutait :

- Pus taîd, te vais compare !

Remottaie les pommattes aivô graind-pére, djâsons-en ! Ène paitchie de pyaisi. Aiprés le poquoi de ci traivaiye, è tirie feûs de sai baigatte sai toubaquîere pe doux beûtches. Tchegnies de toubac enfûlèes, aivô ïn oûere ainnonceint, graind-pére m’en baiyait ène en dyaint :

-  Tïns, vais-y bâlement. N’aibsorbe pon lai femèe.

Magrè sai botè en voidge, le gairgueusson me pitchait pe y me bôtais è teutre, les eûyes laigreyous. Lu, è ryait en recommaindaint de ne ren dire è graind-mére !

Lai premîere tchïnzaine d’ôt, graind-pére aipontie ses djements polnîeres, les sorindjattes pe les polôns po les préseintaie â concoués di Mairtchie-Concoués. Qué mâ è se baiyait po épignolaie ses tchvâs. Etréyie, yuchtrè le poi, lai côme pe tot pitche lai quoûe : laivèes, détchèrpèes pe peingnies.

Les sabats, le mairtchâ s’en otchupait. Èl ât di métie !

Mains graind-pére aivait encoué di traivaiye. È pairtcipait en lai couéche des ritous des bréks aipyaiyie d’ïn tchvâ.

Contrôlaie, dains les mondres détaiyes : le brék, le boré, lai rîeme.

« Ç’ât mon traivaiye. » qu’é dyait.

Y aivôs invyétaince de dire :

- Tot pyain graind-pére, te srés érouéynè po lai féte di tchvâ des Fraintches-Montaignes que n’airait pon yûe sains toi .

Lai Babouératte

Mes congés d’école

Mes plus beaux souvenirs d’enfant, maintenant que je suis un homme, j’y repense. Ce sont ceux pendant mes vacances d’école ! J’avais la chance de les passer à la ferme de mes grands-parents. Plus de soucis d’apprendre l’histoire suisse, les règles de grammaire, les calculs. Écrire à la plume sans oublier les pleins et les déliés, et tant d’autres leçons, choses qu’un enfant doit savoir à sa sortie d’école. Le maître était sévère, mais juste.

À la ferme avec mon grand-père, les leçons, si nous pouvons parler de leçons, étaient différentes ! Il avait tellement de connaissances acquises, au cours de sa vie de paysan, et pas avare de les partager. Faut dire qu’avec son langage du lieu, il mélangeait souvent des mots patois dans ses récits. Ses histoires étaient captivantes.

Moi, toutes oreilles attentives, je me taisais.

Son truc pour prendre les souris dans les casiers à graines du grenier ou les taupes dans les champs : 

« C’est pareil. » disait-il.

Comment il avait couru pour attraper les porcelets et leur enlever l’onglée des yeux. Une coutume qui ne se fait plus aujourd’hui. Tant mieux !
Poursuivre, en l’arrosant d’eau, un essaim d’abeilles pour empêcher sa fuite de la ruche. Avec quel souci il surveillait ses poules !

Dès qu’une gloussait, un échange d’œufs chez un voisin s’imposait pour les mettre couver. Dans la race des poules, il faut changer de coq tous les ans ! Avec un clin d’œil, il ajoutait :
-  Plus tard, tu vas comprendre !

Butter les pommes de terre avec grand-père, parlons-en !

Une partie de plaisir. Après le pourquoi de ce travail, il sortait de sa poche sa tabatière et deux pipes.
Bourrées de tabac fumantes, avec un air innocent, grand-père m’en donnait une en disant :

- Tiens, vas-y doucement. N’inhale pas la fumée.

Malgré sa mise en garde, le gosier me piquait et je me mettais à tousser, les yeux larmoyants. Lui, il riait en me recommandant de ne rien dire à grand-mère !

La première quinzaine d’août, grand-père préparait ses juments poulinières, les pouliches et les poulains pour les présenter au concours du Marché-Concours. Quel mal il se donnait pour embellir ses chevaux. Étrier, lustrer le poil, la crinière et pareillement la queue : lavées, démêlées et peignées.

Les sabots, le maréchal-ferrant s’en occupait. Il est du métier !

Mais, grand-père avait encore du travail. Il participait à la course des voitures attelées à un cheval. Contrôler, dans les moindres détails : la voiture, le collier, le fouet.

« C’est du travail ! » disait-il.

J’avais envie de lui dire :

-  Tout calme grand-père ! Tu seras éreinté pour la fête du cheval des Franches-Montagnes qui n’aurait pas lieu sans toi.

La Coccinelle