Publié : 31 août 2018

Vieille rancune

Véye rantiune

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 31 août 2018

Véye rantiune

Poi ènne bèlle djouénèe de tchâd temps, ïn hanne, d’aivô ïn grant sait dains l’ dos èt peus des gros soulaies, fait ènne rôlèe dains lai campaigne. En travoéchaint ïn v’laidge, è s’ sovïnt d’ïn véye caim’rade de sèrvice. « È dait d’moéraie poi chi, qu’è s’ dit. I yi veus bèyie l’ bondjouè en péssaint. »

Ènne fanne tiere des panmattes dains son tieutçhi.

—  Dites-voûere, mai boènne Daime, vôs peutes me dire laivoù que d’moére ïn Tâ ?

—  Ç’ât lai mâjon d’aiprés. Nôs sons véjïns, nôs sons meinme ïn pô poirents. Mains an n’ se djâse pe. Chutot, n’yôs dites pe qu’ vôs s’êtes râtè ci, èt peus qu’ ç’ât moi qui vôs aî môtrè le tch’mïn.

Le maîrtchou ât tyurieû.

—  S’ vôs m’ permâtes, Daime, ât-ce qu’i ôjeros vôs d’mandaie poquoi vôs n’ vôs djâsèz pe ?

—  Oh, ç’ât ènne véye hichtoire. Crais bïn ènne hichtoire de boûenes. Moi, i n’ seus qu’ lai bru, i n’ m’en mâçhe pe. An raiconte qu’ès s’ sont triquès dains l’ temps. Ès sont meinme allès â tribunâ. I n’ serôs vôs en dire pus. Mon hanne non pus. Cés que cognéchant le fond di fond, è y é bèlle écoûene en vélat qu’ès sont paitchis po l’ paiyis des tairpies laivou qu’es maindgeant les cramias poi lai raiceinne.

Note

ènne rôlèe, une randonnée

è y é bèlle écoûene en vélat, il y a belle lurette

ès sont paitchis po l’ paiyis des tairpies, ils sont morts ; littéralement : ils sont partis pour le pays des taupes.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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Vieille rancune

Par une belle journée estivale, un homme chargé d’un lourd sac à dos et chaussé de gros souliers, fait une randonnée dans la campagne. En traversant un village, il se souvient d’un ancien camarade de service. « Il doit habiter par ici, se dit-il. Je m’en vais passer le saluer. »

Une femme récolte des pommes de terre dans son jardin potager.

—  Pardon, Madame, pourriez-vous m’indiquer où habite un tel.

—  C’est la maison suivante. Nous sommes voisins, nous sommes même un peu parents. Mais on ne se parle pas. Surtout, ne leur dites pas que vous vous êtes arrêté ici, et que c’est moi qui vous ai montré le chemin.

Le marcheur est curieux.

—  Si vous me le permettez, Madame, oserai-je vous demander pourquoi vous ne vous parlez pas ?

—  Oh, c’est une vieille histoire. Peut-être une histoire de bornes. Moi, je ne suis que la bru, je ne m’en mêle pas. On raconte qu’ils se sont battus autrefois. Ils sont même allés au tribunal. Je ne peux pas vous en dire davantage. Mon mari non plus d’ailleurs. Ceux qui connaissent le fond de l’affaire, il y a belle lurette qu’ils sont au cimetière et qu’ils mangent les pissenlits par la racine.