Publié : 17 novembre 2017

La leçon de choses

La yeuçon de tchôses

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 17 novembre 2017

La yeuçon de tchôses

—  Fédo, dit lai mére, not’ boûebe, le Xa, é t’aivu tyïnze ans. Çoli s’rait grant temps d’yi aippare les tchoses de lai vie, ço qu’ïn djûene hanne dait savoi.

—  Mains, dit l’ pére, ès en djâsant en l’écôle. È y é meinme ènne fanne, ènne échpécialichte, que pésse dains totes les classes, meinme tchie les p’tèts.

—  Ç’ n’ât p’ de çoli qu’i djâse. È y é des tchôses qu’è n’yé qu’ le pére que peut les dire. È t’ fât l’entrepâre d’vaint qu’è ne f’seuche ïn airtçhelon. Raippelle-te çtu qu’é engrôssè ènne baichatte de trâze ans, èl aivait l’aidge de not’ Xa. Çte poûere petète.

—  Te n’ peus p’ yi djâsaie, toi ?

—  T’és l’ pére ou bïn ? Moi, i aî aivijè not’ Lucie. Ç’ât l’ rôle d’ïn pére d’aivijaie son boûebe. Démerde-te d’aivô lu.

Le pére é aipp’lè son boûebe que paitchait rôdait è n’entchâd laivou èt que sembyait preussie.

—  È fât qu’ te m’oûeyeuches, Xa. T’és grant, mit’naint. T’ n’és pus ïn afaint. Èl ât grant temps que moi, ton pére, i te djâseuche des mychtéres de lai vie, qu’ i te djâseuche de l’aimoé, d’ lai diff’reince entre les hannes èt les fannes. Te comprends, Xa ?

—  Ç’ât bon Pére, i t’aî compris. Mains li, drèt mit’naint, i n’ai p’ le temps. Mai bionde m’aittend drie l’ tchairri. È n’ fait p’ bïn tchâd èt peus èlle n’ât p’ trop véti. Yé bïn, dépâdge-te, d’mainde-me tot comptant ço qu’ t’ és fâte de saivoi.


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La leçon de choses

—  Alfred, dit la mère, Xavier, notre garçon, a eu ses quinze ans. Il serait grand temps de le mettre au courant des choses de la vie, lui enseigner ce que tout jeune homme doit savoir.

—  Mais, objecte le père, on leur en parle à l’école. Il y a même une femme formée qui passe dans toutes les classes, même chez les petits.

—  Ce n’est pas de cela que je parle. Il y a des sujets que seul le père peut aborder. Il faut t’entretenir avec lui avant qu’il ne commette une bêtise. Rappelle-toi celui qui a mis enceinte une fillette de treize ans, il avait l’âge de notre Xavier. Pauvre petite !

—  Tu ne peux pas lui parler, toi ?

—  Tu es le père ou quoi ? Moi, j’ai renseigné notre fille Lucie. C’est le rôle d’un père d’éclairer son fils. Arrange-toi avec lui.

Le père a appelé son garçon en partance pour Dieu sait où et qui semblait pressé.

—  Il faut que tu m’écoutes, Xavier. Tu es grand, à présent. Tu n’es plus un enfant. Il est urgent que moi, ton père, je te parle des mystères de la vie, que je te parle de l’amour, de la différence entre les hommes et les femmes. Tu comprends, Xavier ?

—  C’est bon, Papa, je t’ai compris. Mais là, maintenant, je n’ai vraiment pas le temps. Ma copine m’attend derrière le hangar. Il ne fait pas très chaud et elle est en petite tenue. Alors, dépêche-toi ! Demande-moi tout de suite ce que tu as besoin de savoir.


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