Publié : 29 juin 2018

Un lien de parenté

Poirentè

Publié dans le Quotidien Jurassien le 30 juin 2018

Poirentè

L’Oscar èt lai Lison sont des grants mairtchous. Tchéque côp qu’ès poéyant, ès faint ènne virèe dains not’ bé coin de tiere. Ès coégnéchant tos les senties, tos les bôs, tos les tchaimps, totes les r’vieres. L’annèe péssèe, èls aint fait l’ toué d’ l’Aidjoûe en chés djoués en cheuyaint lai frontiere. Adj“d”hêu, èls aint pris lai pochte de Poérreintru è Daimphreux. Ès s’ sont râtès és étangs po raivoétaie les oûejés.

—  T’és vu ces cigoégnes dains les aibres ? dit lai Lison.

—  Ç’ n’ ât p’ des cigoégnes, que répond l’Oscar. Ç’ât des aigrattes.

—  Moi, i t’ dis qu’ ç’ât des cigoégnes.

—  Moi, i t’ dis qu’ ç’ât des aigratte. An peut vérifiaie. I aî l’ livre dains mon sait.

—  T’ n’és p’ fâte de vérifiaie. Po moi, ç’ât des cigoégnes.

—  Yé bïn, ce ç’ât des cigoégnes po toi, te mairtcherés tot d’ pai toi. I n’ te djâse pus djuqu’è Vindlïncouèt.

È rite en aivaint po n’ pus étre â long d’ sai fanne èt fait des grants pas sains se r’touénaie. Ç’
n’ât p’ le premie côp qu’ès sont en graingne, mains çoli n’ dure pe. En l’aicmence di v’laidge de Vindlïncouèt, è y é ïn çhiôs laivou qu’ péturant dous l’aînes. L’hanne se râte èt aittend sai fanne. Tiaind qu’èlle airrive en sai hâtou :

—  Dis voûere, Lison, ces dous-li, ès n’ seraient p’ de tai faimille ?

—  Mais que chié, répond lai Lison, nôs sons poirents, mains poi aiyaince. Çoli fait qu’ ç’ât mes bâ-fréres.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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Un lien de parenté

Oscar et Lison sont de grands marcheurs. Chaque fois qu’ils peuvent, ils font une randonnée dans notre belle contrée. Ils en connaissent tous les sentiers, toutes les forêts, tous les champs, tous les cours d’eau. L’année passée, ils ont fait le tour de l’Ajoie en six jours en suivant la frontière. Aujourd’hui, ils ont pris la poste de Porrentruy à Damphreux. Ils se sont arrêtés aux étangs pour observer les oiseaux.

—  Tu as vu ces cigognes dans les arbres ? dit Lison.

—  Ce ne sont pas des cigognes, répond Oscar. Ce sont des aigrettes.

—  Moi, je te dis que ce sont des cigognes.

—  Moi, je t’ dis que ce sont des aigrette. On peut vérifier. J’ai le livre dans mon sac.

—  Tu n’as pas besoin de vérifier. Pour moi, ce sont des cigognes.

—  Eh bien, si pour toi ce sont des cigognes, tu marcheras toute seule. Je ne te parle plus jusqu’à Vendlincourt.

Il court en avant pour ne plus être à côté de sa femme et fait de grands pas sans se retourner. Ce n’est pas la première fois qu’ils se font la tête, mais cela ne dure pas. Au début du village de Vendlincourt, il y a un enclos où paissent deux ânes. L’homme fait halte et attend sa femme. Quand elle parvient à sa hauteur :

—  Dis donc, Lison, ces deux-là, ils ne seraient pas de ta famille ?

—  Mais oui, répond Lison, nous sommes parents, mais par alliance. Ce sont donc mes beaux-frères.