Par : Fleury LJ
Publié : 2 mai 2011

Eribert Affolter, RFJ, 1 mai 2011

Radio Fréquence Jura RFJ

Rubrique en patois du 1 mai 2011

Auteur : Eribert Affolter

Thème : les farces du premier mai à Lajoux !

Eribert Affolter, RFJ, 110501 -  MP3 - 4.7 Mo
Eribert Affolter, RFJ, 110501

1er d’mai 2011

Aimis di patois bondjoué,

I échpère que vôs èz r’mijie totes les breuyeries que vôs èz léchie trïnnaie atoué de vote hôtâ. Sains çoli, vos porèz allaie les tçh’ri tch’lai piaice di v’laidge. Èt ho ! Lai neût péssè, c’était lai neût des èrtieulons. Dains mon v’laidge, ç’ât dïnche que les djûenes fétant le 1er d’mai.

C’ti maitïn i m’se yevaie de boénne houre po allaie voûere â moitant di v’laidge, tot ce que les djeûnes aint raiméssaie tchie les dgens.

I me demainde d’voué vïnt c’t’eûsaidge (cette coutume). Brâment de véyes m’aint béyie ènne aivisaîye (un avis). C’té qu’è le pus de djet, ç’ât c’té ci. Che vôs en ains ènne âtre, vôs peutes me l’envie. I srés hèyerou de lai r’cidre.

Dains le temps, les paiyisains n’ècmencïnt’p le traiyvaie des tchaimps d’vaint le 1er d’mai. Djeuqu’ li, tot â toué de l’hôtâ, è daivait y aivoi de l’oûedre (de l’ordre). Laivoû è n’y en aivait’p, les djeûnes s’en otchupïnt. Ès raiméssïnt tot c’que trïnait èt allïnt le botait tchu lai piaice di v’laide. Les malhèyerous daivïnt allaie le tçhri, le maitïn qu’vïnt, f’sïnt dïnche riolaie tos les dgens.

I me s’vïnt, dains mai djûenance, duraint bïn des annèes, i é fait paitchi de c’te rote de coyenous. I n’me tirie’p en drie, i peus le dire mitnain qu’è y é bïn grand.
I vôs en raiconterais djèqu’â maitïn qu’vïnt. Mains è me sanne que lai moiyouse ç’ât c’te ci. Oi’t ! Dains les v’laidges è y é aidé des braigouts (des vantards). C’était cés li qu’an freguenait le pus. Ènne annèe, ci braigout, i n’veut’p vôs dire son noms craibïn qu’èl é encoé de lai rote dains l’vlaidge, dit è tot les dgens. C’tu que me paré âtçhe n’ât’p encoé yevait ! Çoli n’était’p tchoit dains l’araye dïn souèdge. Voili que tos les bouebats ç’étïnt bèyie le mot po montaie ènne coyenâde en ci véye fanfoérou. Po ne ran s’faire pâre, èl était d’moraie djeuque qu’è mineût coitchie, drie lai poétche di tchairi, po beuyi.

Les djûnes bouebes, c’ment d’aivéji, c’étïnt raissembiè â cabairet, po dichcutaie l’èrtieulon qu’é v’lait faire en note hanne. En lai fîerobe, les voili qu’airpantant lai vie di v’laidge po voûere ce qu’ès poyïnt raimessaie. Ès péssant devaint tchi note braigout an f’sant di bru. Ès ne pregnant ran. Voili que note hanne, se voit de lai boénne san, musant que les djûenes ne v’lan pu r’veni. Ès vait â yet. Mains c’était sain comptaie tchu lai malice des bouebes.

Aipré ènne boénne houre, è r’veniant tchi note braigout èt euvre lai poétche di gairaidge. Ès pregnant lai dyimbarde èt vaint l’aimoinè tchu lai piace. Li, ès lai botant tchu des p’téts baintchats, les rûes ne tochant pu tiere. Le maitïn qu’vïnt, voyant que sai dyimbarde c’était évadnè, è vait, en coitchatte, lai tchri. Voili que c’te dyimbarde rontche (ronfle)mains n’aivaincie’p d’ïn centimétre. Èl était tot écami. È se demaindait bïn poquoi c’te dobe rontchait mains d’morait tchu piaice. Tot d’côte, d’moraie ïn hanne bïn dgentil, que f’sait di bïn (rendait service) è tot l’v’laidge. Ès vait tchri di scoué èt tchoit tchu les djûenes que s’étïnt raissembiaie, dains lai tieujene, po faire lai nace. Ès l’aint édi ès r’botaie sai dyimbarde tchu tierre èt sont r’montait le v’laidge an le cheuïnt èt an tchaintïnt. Po âtçhe de dichcret c’était âtçhe de dischcret.

Èt bïn ç’ât tot po adjed’heû. I vôs tchvâ ïn bon duemoine èt ïn bon peûtou che vôs péssè è tâle.

E. Affolter


1er d’mai 2011

Amis du patois bonjour,

J’espère que vous avez rangé toutes les babioles que vous avez laissez traîner autour de votre maison. Sans cela, vous pourrez aller les chercher sur la place du village. Eh oui ! La nuit passée, c’était la nuit des farces. Dans mon village, c’est ainsi que les jeunes fêtent le 1er mai.

Ce matin je me suis levé de bonne heure pour aller voir au milieu du village, tout ce que les jeunes avaient ramassé chez les gens.

Je me demande d’où vient cette coutume. Plusieurs ancêtres m’ont donné une explication. Celle qui m’a le plus convaincu est la suivante. Si vous en avez une autre, vous pouvez me l’envoyer. J’en serais très heureux.

Dans le temps, les paysans ne commençaient pas les travaux des champs avant le 1er mai. Jusque là, tout autour de la maison, l’ordre devait régner. Là où il n’y en avait pas, les jeunes s’en occupaient. Ils ramassaient tout ce qui traînait et le portaient sur la place du village. Les malheureux devaient aller le chercher, le lendemain matin, faisant ainsi rigoler tous les gens.

Je me souviens, dans ma jeunesse, durant bien des années, j’ai fait partie de cette équipe de farceurs. Je ne me tirais pas en arrière, je peux le dire maintenant, il y a prescription. Je vous en raconterais jusqu’à demain matin. Mais la meilleure, est celle-ci. Ecoutez ! Dans les villages, il y avait toujours des vantards. C’était ceux là qu’on enquiquinait le plus. Une année, ce vantard, je ne vous dirai pas son nom, peut être qu’il a encore de la famille dans le village, dit à tous les gens. « Celui qui me prendra quelque chose n’est pas encore levé ! » Cela n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Voilà que tous les garçons s’étaient donné le mot pour organiser une farce à l’encontre de ce fanfaron. Pour ne rien se faire prendre, il était resté jusqu’à minuit caché, derrière la porte de la grange, pour épier.

Les jeunes s’étaient rassemblés, comme de coutume, au café, pour discuter de la farce qu’ils voulaient faire à notre homme. A la fermeture, les voilà qui arpentent la route du village pour voir ce qu’ils pourraient ramasser. Ils passent devant notre vantard en faisant du bruit. Ils ne prennent rien. Ainsi notre homme, se voit rassuré, pensant que les jeunes ne reviendraient plus. Il va se coucher. C’était sans compter sur la malice des garçons. Après une bonne heure, ils reviennent chez notre vantard et ouvrent la porte du garage. Ils prennent la voiture et vont l’amener sur la place. Là, ils la mettent sur des plots, les roues ne touchant plus terre. Le lendemain matin, voyant que sa voiture avait disparu, il va, en cachette, la rechercher. A ce moment, il se rend compte que la voiture ronfle, mais qu’elle n’avance pas d’un centimètre. Il n’en revient pas. Il se demande bien pourquoi cette folle ronfle mais reste sur place. A côté demeure un homme bien gentil, qui rendait service à tout le monde. Il va chercher du secours et tombe sur les jeunes qui s’étaient rassemblés, dans la cuisine, pour faire la foire. Ils l’ont aidé à remettre sa voiture sur terre et ont remonté la rue du village en le suivant et en chantant. On ne pouvait être plus discret.
Et bien c’est tout pour aujourd’hui. Je vous souhaite un bon dimanche et un bon appétit si vous passez à table.

E. Affolter