Par : Fleury LJ
Publié : 22 février 2013

Eribert Affolter, RFJ,17 février 2013

Radio Fréquence Jura RFJ

Rubrique en patois du 27 janvier 2013

Auteur : Eribert Affolter

Thème : conte de bosssus

info document -  MP3 - 5.4 Mo

Aimis di patois bondjoué,

È y é bïn grand, d’morïnt, dains ènne véye mâjôn â bout de mon v’laidge, dous bossu. L’yun était djôyou, aidé ès riolait èt ès tchaintait, èl aivait ènne caibeusse dains le dos. L’âtre était aidé grïnçou, ès gremoinnait di maitïn â soi, èl aivait ènne caibeusse d’vaint. C’étïnt des hannes que l’an voiyïnt’p â v’laidge. Les afaints en aivïnt paivou ; des savaidges.
Quéque côp ès aillïnt voûere ènne veye fanne dains le p’tét haimé de lai sans de bije. Djemais ès ne se r’mijïnt aiprés lai meûcie di soraye (coucher du soleil).

Po allaie voûere c’te fanne, ès fayait péssaie à long d’ïn ptchu qu’an aipp’lait "Le Creux des Esprits".

Lai neût niun ne péssait poi li. An musait que les foultas aittraipïns les dgens èt les botïns dains yote hôtâ, d’vaint de lai maindgie.

Ïn côp, s’tu qu’aivait lai caibeusse dains le do, aiprès aivoi envèlie sai véye fanne, s’airrate dains le cabairet di p’tét haimé. È r’trove ïn aimi bossu èt s’bote è faire lai nace. Ès friffant, bïn des tchavés. Le temps pésse è n’y é ran vu. Mineût ât li, le cabairtie le fo d’vaint l’heû. Ès t’niait les dous sans de lai vie.

Airrivè au "Creux des Esprits", note djoyou luron s’fait aigripaie pai lai rote des foultas. Bïn avoinait, ès s’bote ès riolaie èt faire le fo d’aivô yot. Ces dries, voyant le bé carractère de si bossu lu dit.

Té bïn dgentil, té ïn bon vétçhain, nôs v’lan’p de faire di mâ. Po te r’mèchaie de nos aivoi fait riolaie, nos v’lans te faire ïn croma (un cadeau). Dis me s’qu’è te fré piaîgi.

I vôros ne pus aivoi de caibeusse.

Ès bïn, vait en l’hôtâ èt peus aittend le djoué qu’vïnt.

To dyèy’rèt, (guilleret) note bossu vait se r’mijie.

Le djoué que vïnt, lai caibeusse aivait fotu le camp.

L’âtre bossu djalou, lu demainde : « C’ment ès l’é fait po ne pus aivoi de caibeusse ? »

Ç’ât les foultas que me l’aint rôtè !

Ès s’muse : poquoi lu, moi aiche bïn i vôros ne pus aivoi de caibeusse !

Lai neût qu’vïnt, sans ran dire, ès vait s’trinaie à long di "Creux des échprits".

C’ment son frérat, les foultas le pregnant dains oyte hôtâ. D’aivo son djet de renfrognous, ès é bïntôt fait de virie de lai mâ san tos ces foultas.

Qu’ât-ce que te vïnt faire chi, mâ graissiou ?
I vïns po que vôs m’pregneuchïnt mai caibeusse !
Chi, nôs n’ainmant’p les envious èt les mâ virie, ès te fât t’en allaie tot contant en l’hôtâ. T’é bïn de lai tchaince que nôs n’aint’p pu faim, sains çoli nôs te boterïns dains lai tiaisse.

Tot capou, ès s’en vait en l’hôtâ. Tiaint ès s’révoiye, le djoué qu’vïnt, èl aivait doues caibeusse, ènne d’vaint èt ènne drie.

Voili c’ment ç’ât tiaint nos sons’p contant de s’que nos ains. N’allaie’p reugnaie â long du "Creux des esprit ", vôs porés aittraipaie ènne caibeuse.

Èt bïn ç’ât tot po adjed’heû. I vôs tchvâ ïn bon duemoine èt ïn bon peûtou che vôs péssè è tâle.

E. Affolter


Amis du patois bonjour,

Il y a bien longtemps, vivaient, dans une veille maison au bout de mon village, deux bossus. L’un était joyeux, toujours à rire et à chanter, avait une bosse dans le dos. L’autre était toujours grincheux, il grommelait du matin au soir, avait une bosse devant. C’étaient des hommes que l’on ne voyait pas au village. Les enfants en avaient peur ; des sauvages. Quelquefois ils allaient visiter une vieille femme dans un petit hameau du côté de bise. Jamais ils ne rentraient après le coucher du soleil.

Pour aller voir cette vieille dame, il fallait passer à côté d’un aven que l’on appelait "Le Creux des Esprits."

La nuit personne ne passait par là. On pensait que les fantômes attrapaient les personnes et les amenaient dans leur antre, avant de les manger.

Une fois, celui qui avait la bosse dans le dos, après avoir visité sa vieille femme, s’arrête au restaurant du petit hameau. Il retrouve un ami bossu et se met à faire la noce. Ils descendent beaucoup de demis. Le temps passe il n’y voit rien. A minuit le restaurateur met notre homme dehors. Il tenait les deux côtés de la route.

Arrivé au "Creux des Esprits", notre joyeux luron se fait attraper par l’équipe de fantômes. Bien aviné, il se met à rire et à faire le fou avec eux. Ces derniers, voyant le beau caractère de ce bossu lui disent :

Tu es bien gentil, tu es un bon vivant, nous ne te ferons pas de mal. Pour te remercier de nous avoir fait rigoler, nous voulons te faire un cadeau. Dis-nous ce qui te ferait plaisir.

Je voudrais ne plus avoir de bosse.

Et bien, va à la maison et attend demain.

Tout guilleret, notre bossu rentre à la maison.

Le jour d’après, la bosse avait disparu.

L’autre bossu, jaloux, lui demande :

- Comment tu as fait pour ne plus avoir de bosse ?

Ce sont les fantômes qui me l’ont enlevée !

La nuit d’après, sans rien dire, il va rôder du côté du "Creux des esprits".

Comme son frère, les fantômes le prennent dans leur antre. Avec son air renfrogné, il a bientôt fait de rendre grinche tous les fantômes.

Que viens-tu faire ici, grincheux ?

Je viens me faire enlever ma bosse !

Ici, nous n’aimons pas les envieux et les bougons, retourne tout de suite à la maison. Tu as bien de la chance que nous n’avons plus faim, sans cela, nous te passerions à la marmite.

Tout honteux, il s’en retourne à la maison. Quand il se réveille, le lendemain, il avait deux bosses, une devant et une derrière

Voilà ce qui arrive à ceux qui ne sont pas content de leur sort. N’allez pas vous promener à côté du "Creux des esprits " vous pourriez attraper une bosse.

Et bien c’est tout pour aujourd’hui. Je vous souhaite un bon dimanche et un bon appétit si vous passez à table.

E. Affolter