Publié : 18 février

Directives anticipées

Directives anticipées

Publié dans le Quotidien Jurassien le 18 février 2022

Directives anticipées

Aiprés ses probyèmes de tyûere, ci Fridolin è graiy’nè ses v’lantès po l’ cas qu’an le r’trov’rait sains vie ou bïn incapabye de djâsaie. È voidge ci dossie dains ïn tirou. Èl en é bèyie ènne copie en son méd’cïn, ènne âtre en son tyurie. Chu la tçhvétche, on peut yére : Directives anticipées.

Tiaind qu’è s’ raippele ç’ qu’è yi ât arrivè, è n’ mainque djemais d’aidjoutaie : « De diou, i airôs poéyu y péssaie. I n’ dairôs pus étre ci. »

Èl en djâse bïn s’vent d’aivô sai fanne. Èlle s’éffoûeche d’yi r’bèyie le got en lai vétyaince. Mains ç’ n’ât p’aijie. Èlle le ch’coue tiaind qu’èl ât â fond di ptchu. « I n’ dairôs pus étre ci. »
- Râte d’aivô çoli, yi dit sai fanne. T’és li. È Baile, ès t’aint sâvè. Te dairôs étre hèy’rou.

Mains les trichtes musattes repregnant le d’chu.
- S’ te m’ vois ïn djoué aivaitchi d’aivô des tyaus poitchot, débraintche lai maichine. Tchaimpe dains l’évie les trueries qu’ès m’aint bèyies. Pe d’aitchairnement. Ataint meuri.

 d’vaint l’heus, è fait ènne bèlle vâprèe de fevrie. Èl en fât profitaie. Ïn toué dains lai nadge yos f’rait di bïn en tos les dous. « Laivoù ç’ qu’èl ât, mon hanne ? » Èlle finit poi le r’trovaie â poiye, vatrè chu l’ cainaipé . Lai télé mairtche, mains è n’ lai raivoéte pe. Chu ïn piaité, ïn p’tèt voirre de damè.

Èlle s’aippreutche, débraintche lai télé, prend lai damè èt vait lai tchaimpaie dais l’évie d’ lai tieujènne.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

Directives anticipées

Après ses problèmes de cœur, Fridolin a rédigé ses volontés pour le cas où on le retrouverait sans vie ou incapable de s’exprimer. Il conserve ce dossier dans un tiroir. Il en a donné une copie à son médecin, une autre à son curé. En couverture, on peut lire : Directives anticipées.

Quand il évoque ce qui lui est arrivé, il ne manque jamais d’ajouter : « De diou, j’aurais pu y passer. Je ne devrais plus être ici. »

Il en parle très souvent avec sa femme. Elle s’efforce de lui redonner goût à la vie. Tâche difficile. Elle le secoue quand il est au fond du trou. « Je ne devrais plus être ici. »
- Arrête avec ça, lui dit sa femme. Tu es là. À Bâle, ils t’ont sauvé. Tu devrais être heureux..

Mais les sombres pensées reprennent le dessus.
- Si tu me vois un jour avachi avec des tuyaux partout, débranche la machine. Jette dans l’évier les cochonneries de remèdes qu’ils m’ont données. Pas d’acharnement. Autant mourir.

Dehors, il fait un bel après-midi de février. Il faut en profiter. Une promenade dans la neige leur ferait du bien à tous les deux. « Où est-ce qu’il est mon homme ? » Elle finit par le retrouver au salon, vautré sur le canapé . La télé marche, mais il ne la regarde pas. Sur un plateau,un petit verre de damassine.

Elle s’approche, débranche la télé, prend la damassine et va la jeter dans l’évier de la cuisine.