Publié : 19 mars

Un souriceau chez les éléphants

Ïn raitèt tchie les éléphants

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 19 mars 2021

Ïn raitèt tchie les éléphants

Ïn djûene raitèt airait v’lu étre ïn éléphant.
Cobïn tchie nôs voérrïnt être â governement !
Tchétyun yi conséyait de se montraie pus saidge
Èt de creuj’naie son p’tchu sains musaie daivaintaidge.

Mains èl était boquè, note petèt raitèt. 
« I veus, qu’è diaît, i veus étre éléphant o ran. »
Aiprés bïn dés éffoûes èt peus bïn di commèrce,
Not’ gregyou enfïn é reci son piona.

È s’ boté tot comptant è tçheri ènne piaice.
Le cirque était dje piein. Le zoo le refujé.
Tos les djoués, le raitèt révijait les ainnonches,
Aippelait, écrivait, sains djemais de réponche.
C’était sains échpéraince.

Pe d’aiv’ni. Le raitèt retouéné dôs lai tiere.
An ne veut pus de lu.
È n’yi demoère pus qu’è gregyie ses pionas.
Èt peus, po péssaie l’temps, d’vaidyaie dains les étoules.

Cment éléphant, è n’était ran.
Tchie les sïns, è n’était pus niun.

Note
son piona, son diplôme
Not’ gregyou, notre rongeur
gregyie, ronger
vaidyaie, errer


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Un souriceau chez les éléphants

Un jeune souriceau rêvait d’être éléphant.
Combien rêvent chez nous d’être au gouvernement !
Chacun lui conseillait de se montrer plus sage
Et de creuser son trou sans penser davantage.

Mais il était têtu, le petit souriceau.
« Je veux, répétait-il, être éléphant ou rien. »
Après bien des efforts, après bien du tintouin,
Notre rongeur enfin a reçu son diplôme.

Il se mit aussitôt à chercher une place.
Le cirque était complet. Le zoo le refusa.
Tous les jours, souriceau épluchait les annonces,
Appelait, écrivait, sans jamais de réponse.
C’était sans espérance.

Pas d’avenir. Souriceau retourna sous la terre.
On ne veut plus de lui.
Il ne lui reste plus qu’à ronger ses diplômes,
Et, pour passer son temps, errer parmi les chaumes.

Comme éléphant, il n’était rien
Et plus personne chez les siens.