Publié : 23 novembre 2018

Chez la coiffeuse

Tchie lai décrïnnnouse

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 23 novembre 2018

Tchie lai décrïnnnouse

—  È n’é pus de djèt ci nitiou, d’aivô ces boutyes, dit lai mére. A dirait ènne baîchatte. È t’ fât l’ condure tchie lai décrïnnnouse.

—  Nian, nian. I n’ veus p’ me copaie mes boutyes.

—  Ç’ât toi que commaindes o bïn ?

Le pére é pris l’ boûeba de foûeche èt l’é tyrie djuqu’ tchie çte Mélanie que coiffe tos les dgens di v’laidge. È n’ât p’ aijie d’ le sietaie chu lai sèlle. Lai Mélanie yi bèye des sugus po l’ calmaie. Mains tiaind qu’èlle s’aippreutche d’aivô les cisés, è raicmence de breuyaie, d’ boudgi lai téte de drète èt d’ gâtche, de sarraie ses dous mains chu ses boutyes.

—  Nôs n’en v’lans p’ soûetchi, dit l’ pére.

—  I aî ènne boènne aivijaîye, dit lai Mélanie. S’ vôs étes d’aiccoûe.

—  Oh, po moi, tot ç’ qu’ vôs v’lèz, porvu qu’è râteuche son commèrce èt qu’è s’ lécheuche faire.

—  Te vois, petèt, i en cope âchi en ton pére, èt peus è n’ dit ran.

Èlle yi môtre ènne grosse tchoupe de gris pois qu’èlle é pris chu lai téte di pére.

—  Encoé, encoé ! dit l’afaint qu’écaçhe èt riape chu sai sèlle.

Mains tiaind qu’èlle aippreutche de nové ses cisés de ses biondes boutyes, è braiye cment ïn aîne dains son ençhôs.

Encoé ènne empâmèe de pois tchie l’ pére, èt encoé yènne. Che bïn qu’en lai fïn, le pére s’ât r’trovè
sains pois èt l’ nitiou é voidgè ses boutyes.

Note

lai décrïnnnouse, la coiffeuse

è riape, il se trémousse


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Chez la coiffeuse

—  Il n’a plus d’allure ce gamin avec ses boucles, dit la mère. On dirait une fille. Emmène-le chez la coiffeuse.

—  Non, non. Je ne veux pas couper mes boucles.

—  C’est toi qui commandes ou bien ?

Le père se saisit du gosse et le traîne de force jusque chez Mélanie qui coiffe tous les gens du village. Il n’est pas facile de l’asseoir sur le siège. Mélanie lui donne des sugus pour le calmer. Mais quand elle s’approche avec ses ciseaux, il pousse des hurlements, bouge la tête de droite et de gauche, couvre ses boucles de ses deux mains.

—  On ne va pas s’en sortir, dit le père.

—  J’ai une idée, dit Mélanie. Si vous êtes d’accord.

—  Oh, pour moi, tout ce que vous voulez, pourvu qu’il arrête son cirque et qu’il se laisse faire.

—  Tu vois, petit, j’en coupe aussi à ton père et il ne dit rien.

Elle lui présente une grosse poignée de cheveux gris qu’elle vient de prélever sur la tête du père.

—  Encore, encore ! dit l’enfant qui rit aux éclats et se trémousse sur son siège.

Mais quand elle approche à nouveau ses ciseaux de ses boucles blondes, il brait comme un âne dans son clos.

Une grosse poignée de cheveux sur la tête du père, et une autre encore. Résultat : le père s’est retrouvé avec la boule à zéro tandis que le chérubin a sauvé ses boucles.