Par : Fleury LJ
Publié : 6 novembre 2012

Histoire de bois.

Hichtoire de bôs.

Jean-Marie Moine

Hichtoire de bôs.

JM Moine, histoire de bois, 110905 -  MP3 - 3.6 Mo
JM Moine, histoire de bois, 110905

Les diridgeous sont churs de faire l’ hichtoire. I crais putôt qu’ ç’ ât les p’tétes dgens qu’ lai faint  ! Chi, dains ci p’tét biat, i n’aî p’ lai piaice de r’montaie bïn aimont dains l’ hichtoire di bôs, chutot qu’ i n’ seus p’ prou sciençou po l’ faire.

I m’ raivise de ces djûedis lai vâprèe d’ è y é cïnquante ans. Les afaints, nôs étïns en condgie ces vâprèes-li. Chitôt aiprés lai nonne de médi, nôs se r’tovïns tote ènne rote d’ aivô nôs tchairats en ïn câre di v’laidge. Pe nôs paitchïns, en coulainnèe, vés lai fïn. Nôs s’ dépâdgïns, poch’que tchétçhun daivait faire ïn bon tchairdgement d’ bôs sat chus son tchairat. Aich’tôt qu’ nôs aivïns fait ci premie traivaiye, piaice â djûe. Nôs s’ ritïns aiprés, nôs graipoinnïns és aibres, nôs breûyïns ch’ foûe dains l’ bôs, qu’ le réton n’ poéyait p’ cheûdre de renvie nôs breûyèts  ! Pe, â moitan d’ lai vâprèe, nôs raimoinnïns l’ bôs sat en l’ hôtâ.

Aiprés ïn bon r’cegnon (nôs échtomaics étïnt veûdes), nôs s’ botïns è copaie les braintches d’aivô ènne chârpe, d’vaint de r’mijie ci bôs chus les tchairis. Sains ran d’maindaie, nôs aivïns fait note bésaingne, not’ d’voit  ! L’ bôs s’ poétchait bïn, èl était vid’yrou, bïn en oûedre. Lai r’venûe boussait daidroit.

E y é ïn pô pus d’ vinte-cïntçhe ans, ç’ ât aivu lai crije di « mazout  ». En ci temps-li, i trovè ïn djoué, dains l’ bôs, ïn hanne qu’aivait craibïn septante ans. E tchairdgeait di bôs sat chus son boiyè. I m’ s’vïns qu’ è m’ dié  :

« E m’ en encrât d’ étre le d’rie â v’laidge, è raiméssaie di bôs sat. Les afaints, les dgens n’ y vaint pus  ! Es sont trop bés po faire çoli, trop ordyous, èls aint des sous, èls aint yôs aîjes. C’ te bésaingne ât boinne po les poûeres. An s’ fot pe mâ d’ lai naiture  !Taint pés  ! Moi, te vois, i fais raipé â Koweit   ».

I seus t’aivu tot ébâbi d’ yére ces d’ries djoués dans lai feuye, qu’ les diridgeous d’ Poérreintru v’lïnt étchâdaie lai vèlle,... â bôs  ! Po chur, l’ hichtoire retïnré qu’ ces diridgeous d’ adj’d’heû étïnt en aivaince chus yote temps  ! An rébieront qu’ ç’était en eûsaidge, tchie nôs, dâs grant. Niun se n’ sôv’ré d’ ci d’voit d’ vâlat qu’ les afaints f’sïnt d’ bon tiûere, sains s’ posaie d’ quèchtions. An n’ djâs’ront p’ non pus, di s’né, d’ l’ aimoé d’ lai naiture d’ ci véye hanne. Poétchaint, ât-ç’ que ç’ n’ ât p’ ces dgens qu’ i vïns d’ djâsaie, qu’ aint graiy’nè, oh ..., ïn tot p’tét frelat d’ l’ hichtoire di bôs d’ note Jura  ?

J-M. Moine

Histoire de bois.

Les dirigeants sont certains de faire l’histoire. Je crois plutôt que ce sont les petites gens qui la font  ! Ici, dans ce petit billet, je n’ai pas la place de remonter bien loin dans l’histoire du bois, et surtout, je ne suis pas assez connaisseur pour le faire.

Je me souviens de ces jeudis après-midi qui datent de cinquante ans en arrière. Nous, les enfants de l’école, avions congé ces après-midi-là. Sitôt le dîner terminé, nous nous retrouvions toute une équipe, avec nos petits chars, en un endroit du village. Et nous partions à la queue leu leu, en direction de la « fin  ». Nous nous dépêchions car chacun devait faire un bon chargement de bois sec sur son chariot. Aussitôt ce premier travail terminé, place au jeu. Nous nous poursuivions, nous grimpions aux arbres, nous criions si fort que l’écho avait peine à renvoyer nos cris  ! Puis, vers le milieu de l’après-midi, nous ramenions le bois sec à la maison.

Après un bon « goûter  », (nos estomacs étaient vides), nous nous mettions à couper les branches avec une serpe, avant de remiser le bois sur les bûchers. Sans rien demander, nous avions accompli notre besogne, notre devoir  ! La forêt se portait à merveille, elle était vigoureuse, en ordre. Le sous-bois poussait correctement.

Il y a un peu plus de vingt-cinq ans, ce fut la crise du mazout. En ce temps-là, je trouvai un jour dans la forêt, un homme âgé d’une septantaine d’années. Il chargeait du bois sec sur son « boiyè  » (civière à claire-voie avec une roue à l’avant). Je me souviens de ce qu’il me dit  : 

« Je suis peiné d’être le dernier au village, à ramasser du bois sec. Les enfants, les gens n’y vont plus  ! Ils sont trop « beaux  » pour faire cela, trop orgueilleux, ils sont fortunés, ils ont leurs aises. Cette besogne est bonne pour les pauvres. On se moque de la nature  ! Tant pis  ! Moi, tu vois, je fais concurrence au Koweit   ».

Je fus tout étonné de lire ces derniers jours dans la presse, que les autorités de Porrentruy désiraient chauffer la ville, ... au bois  ! L’histoire retiendra certainement que ces dirigeants d’aujourd’hui étaient en avance sur leur temps  ! On oubliera que ce procédé était en usage, chez nous, depuis longtemps. Personne ne se souviendra de ce devoir domestique que les enfants faisaient de bon cœur sans se poser de questions. On ne parlera même pas du bon sens, de l’amour de la nature de ce vieil homme. Cependant, ces personnes dont je viens de parler n’ont-elles pas écrit, oh ..., un tout petit brin de l’histoire du bois dans notre Jura  ?