Publié : 16 septembre 2016

Il n’y a pas de temps à perdre

È n’y é p’ de temps à piedre

Bernard Chapuis

Paru dans le Quotidien Jurassien du 16 septembre 2016

È n’y é p’ de temps à piedre

 moitan d’ lai neût, le Lexandre que n’ poéyait p’ dremi, s’ât yevè. È vait en lai f’nétre èt peus qu’ât-ce qu’è voit ? Le cie tot roudge d’ lai sens de sai paîture. Des grantes çhaimes dainsïnt èt yaincïnt yote çhairaince que çoli f’sait droit pavou. C’était lai foérèt d’ saipïns que breûlait.

È révoiye sai fanne que révoiye les véjïns. En moins d’ïn quât d’hoûere, les soudaîts di fûe feunent chus piaice. Èls aint métrayie djuqu’en lai pityatte di djoué. Poéne predjue. Tot ç’ qu’èls aint poéyu faire, ç’ât d’ savaie lai yeudge di Lexandre. De çte djûene foérèt, è n’ demoérait que des trocas tot nois. Lai tiere feumait. Lai bije soy’vait des roudges tchvaintons.

Cment qu’ le fûe aivait pris ? Des afaints qu’airïnt djue d’aivô des seufrattes ? Ïn rôlou qu’airait léchi tchoire son mégot ? An n’ l’ ont djemais saivu.

Le maire èt l’ banvaîd sont v’nis révijaie les dommaidges.

- È fât tot notayie d’vaint que de r’ piaintaie.

- O, que répond l’ banvaîd. È y airé d’ lai bésaingne.

- Aiprés, i seus d’aivis qu’è fât y piaintaie des fôs.

- Te n’y penses pe, Maire. Des fôs, çoli vait bïn trop long. È fât vingt ans po obteni ïn faiyi.

- Hé bïn, dépadgeans-nôs. È n’y é p’ènne minute ai piedre.

Notes

le fô, le hêtre ; le faiyi , la hêtraie


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Il n’y a pas de temps à perdre

Vers minuit, Alexandre, qui souffrait d’insomnie, se leva. Il s’approche de la fenêtre, et qu’est-ce qu’il voit ? Le ciel embrasé du côté de son pâturage. De grandes flammes dansaient et leurs lueurs glaçaient d’effroi. La forêt de sapins était en feu.

Il réveille sa femme qui réveille les voisins. En moins d’un quart d’heure, les pompiers furent sur place. Ils ont lutté jusqu’à l’aube. Peine perdue. Tout ce qu’ils ont pu faire, c’est sauver la loge d’Alexandre. De cette jeune forêt, il ne restait que des troncs calcinés. Le sol fumait. La bise soulevait des tisons rouges.

Comment le feu avait-il pris ? Des enfants qui auraient joué avec des allumettes ? Un rôdeur qui aurait laissé tomber son mégot ? On ne l’a jamais su.

Le maire et le garde forestier vinrent inspecter les dégâts.

—  Il faut nettoyer tout le coin avant de replanter.

—  Oui, approuve le garde forestier. Il y aura du travail.

—  Après, je suis d’avis qu’on y mette des hêtres.

—  Tu n’y penses pas, Maire. Des hêtres, ça va beaucoup trop long. Il faut vingt ans pour obtenir un foyard.

—  Hé bien, dépêchons-nous. Il n’y a pas une minute à perdre.


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