Publié : 6 septembre

Longévité

Londye vétyaince

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 6 septembre 2019

Un grand bravo et un chaleureux Merci à Bernard Chapuis, cette chronique est la 400° publiée dans le Quotidien Jurassien !

Londye vétyaince

Ç’ât ïn v’laidge laivou qu’ les dgens v’nyant brament véyes. L’Anselme d’ lai Côte é fétè ses cent èt yun ans. È y é t’aivu ènne grante manifèchtâtion d’aivô des dichcouès, des toétchés, di vïn, èt peus d’ l’âve po cés que daivïnt condure aiprés. L’Anselme n’é p’ survétyu. An l’ont r’trovè moûe le lend’main maitïn.

Poquoi an vïnt ci véye dains ci v’laidge ? Ât-ce lai paîje di yûe, d’aivô ses bôs, sai r’viere èt ses tchaimpois ? Ïn graiy’nou d’ lai Feuille é v’lu en saivoi ïn pô pus. Èl é décidè de moénaie l’enquête. Él é rendèz-vous ïn maitïn en lai d’mée des onze d’aivô l’ Colas d’ lai Vie d’ Bonfô.

—  Vôs saîtes poquoi i seus v’ni. I fais ïn paipie chu lai londye vétyaince. Le maire m’é bèyi vot’ nom. Ç’ât bïn vôs le pus véye d’ lai tyemeune ?
—  È n’y en é pus. Èl ât moûe lai snainne péssèe.
—  Mains mit’naint ç’ât vôs. Vôs v’nites djeute aiprés.
—  Çoli s’ peut bïn.
—  Ço qu’i voérrôs saivoi, ç’ât le ch’crèt de vot’ londye vétyaince. Cment qu’çoli s’ fait qu’ vôs étes touedje en saintè en l’aidge que vôs èz ?
—  Ç’ n’ât p’ ïn ch’crèt. Voili : i m’ coutche és dieche, i m’ yeuve és chés. Djemais d’alcool, meinme pe ïn voirre de vïn, i n’ maindge pe de tchie, ran qu’ des lédyumes de mon tçheutchi.

Tot d’ïn côp, an entend ïn raiffut de tos les diaîles.

—  Ne faites pe aittention, di le ceintnére. Ç’ât mon véye frére Benaîd, ci pieinteusse. È rôle tote lai neût, è rentre en lai pityatte di djouè fïn pyein, è s’ coutche sains s’ dévéti èt peus è doûe tote lai sïnte djouénèe.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 5.4 Mo

Longévité

C’est un village connu pour la longévité de ses habitants. Anselme de la Côte vient de fêter ses cent un ans. Il y eut une grande manifestation avec des discours, des gâteaux à la crème, du vin, et de l’eau pour ceux qui devaient prendre le volant. Anselme n’a pas survécu. On l’a retrouvé mort le lendemain matin.

Pourquoi devient-on aussi âgé dans ce village ? Est-ce le calme du lieu, avec ses bois, sa rivière et ses pâturages ? Un journaliste a voulu en savoir un peu plus. Il a décidé d’enquêter. Il a rendez.vous un matin à dix heures et demie avec Colas de la Vie de Bonfol.

—  Vous savez pourquoi je suis venu. J’écris un article sur la longévité. Le maire m’a donné votre nom. C’est bien vous le plus âgé de la commune ?
—  Il n’y en a plus. Il est mort la semaine passée.
—  Mais maintenant, c’est vous. Vous venez juste après.
—  Ça se peut bien.
—  Ce que je cherche à connaître, c’est le secret de votre longévité. Comment se fait-il que vous soyez toujours en forme à l’âge que vous avez ?
—  Ce n’est pas un secret. Voilà : je me couche à dix heures, je me lève à six heures. Jamais d’alcool, même pas un verre de vin, je ne mange pas de viande, rien que des légumes de mon jardin.

Tout à coup, on entend un raffut de tous les diables.

—  Ne faites pas attention, dit le centenaire. C’est mon frère aîné Bernard, cet ivrogne. Il rôde toute la nuit, il rentre au matin complètement saoul, il se couche tout habillé et il passe la journée à cuver sa cuite.