Publié : 16 mars 2018

Les mauvaises piles

Les croûeyes piles

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 16 mars 2018

Les croûeyes piles

Ci Djeain ainme les dgens èt peus les dgens l’ainmant bïn. An n’ trov’ pe l’ temps long d’aivô lu. C’ât ïn vrai saivaint que s’ât inchtrut lu-meinme. Èl en é dains lai téte. Les dgens s’ pyaijant d’aivô lu, èt peus lu s’ pyait d’aivô les dgens. Mains è s’ pyait encoé pus d’avô lai yune èt les yeûtchïns. S’èl é bïn les dous pies chus tiere, le soi, dâ l’ meûcie di s’raye, èl é lai téte dains l’ cie, ïn oeûye rivè en sai yunatte. An l’appele Djeain d’ lai Yune.

Tot l’ monde, dains l’ Vâ, coégnât Djeain d’ lai Yune. È rend sèrvice en tot l’ monde sains s’ faire è prayie, po ïn poula è r’sarrer, po condure quéqu’un â méd’cïn, po répairaie çte saicrèe laivimaidge, qu’ât cote, po bèyie ïn côp d’ main po déménaidgie, po graiy’naie ènne lattre. È fait di bïn en tus cés qu’en aint fâte.

Sai véjine le dérandge bïn s’vent. Po le r’méchiaie, èlle yi bèye ènne salaidge, des ues, ïn potat d’ confreture o d’ miele. Ci côp, èlle airrive d’aivô sai p’tète radio en lai main.

—  Qu’est-ce qu’èl é vot’ pochte, Guite ? qu’yi d’mainde Djeain d’ lai Yune.

—  Èl é qu’è n’ mairtche pus. Pus ïn son, ran.

—  Vôs èz provè ch’ lai prije ?

—  I n’ai p’ de coérdgeon. I n’ l’ai djemais botè ch’ lai prije. Djuque hyie, è mairtchait.

—  I vois, que dit l’ Djeain. I veus vôs tchaindgie les piles.

Lai Guite rentre tote hèy’rouse. Ïn quât d’hoûere aiprés, lai voili que r’vïnt d’aivô sai pt’ète radio.

—  Qu’ât-ce qu’è y é, Guite ? È n’ mairtche dje pus ci pochte ?

—  Chié qu’è mairtche. Mains, i n’ sais p’ quées piles vôs m’èz botè. Ç’ât d’ l“aill”mand !

Note

l’ meûcie di s’raye, le coucher du soleil


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Les mauvaises piles

Jean aime les gens et les gens l’aiment bien. On ne s’ennuie pas avec lui. C’est un érudit et un autodidacte. Il en a dans la tête. Les gens se plaisent avec lui, et lui se plaît avec les gens. Mais il se plaît encore plus avec la lune et les étoiles. Certes, il a bien les deux pieds sur terre, mais le soir, après le coucher du soleil, il a la tête dans le ciel, l’œil rivé à sa lunette astronomique. On l’appelle Jean de la Lune.

Tout le monde, dans le Val Terbi, connaît Jean de la Lune. Il rend service à tout le monde sans se faire prier, pour un robinet à resserrer, pour conduire une personne chez le médecin, pour réparer cette sacrée télévision qui tombe en panne, pour donner un coup de main lors d’un déménagement, pour écrire une lettre. Il fait du bien à tous ceux qui en ont besoin.

Sa voisine le dérange très souvent. Pour le remercier, elle lui donne une salade, des œufs, un pot de confiture ou du miel. Cette fois, elle s’amène son petit transistor à la main.

—  Qu’est-ce qu’il a votre poste, Marguerite ? lui demande Jean de la Lune.

—  Il a qu’il ne marche plus. Plus un son, rien.

—  Vous avez essayé avec la prise ?

—  Je n’ai pas de câble. Je ne l’ai jamais mis sur la prise. Jusqu’à hier, il marchait.

—  Je vois, dit Jean. Je vais vous changer les piles.

Marguerite rentre chez elle toute guillerette. Un quart d’heure plus tard, elle revient avec sa petite radio.

—  Qu’est-ce qu’il y a, Marguerite ? Il ne marche déjà plus ce poste ?

—  Si, il marche. Mais, je ne sais pas quelles sortes de piles vous m’avez mises. C’est de l’allemand !

Note

l’ meûcie di s’raye, le coucher du soleil


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