Publié : 27 octobre

La soirée aux mensonges

Lai lôvrèe des mentes

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 27 octobre 2017

Lai lôvrèe des mentes

Po prâtchie lai mission, not’ tiurie aivait invitè ïn caipucïn d’ Mont-Croix, ïn tot foûe pratchou. Lai mission, dains l’temps, c’était ènne snainne de grante musatte. Èlle allait di dûemoènne â dûemoènne. Le premie djoué, è y aivait lai mâsse, les vépres, les complies. Di yundi â saim’di, lai p’tète mâsse di maitïn, tchaip’lat, prochèchion, aidorachion, èt peus tos les sois ènne con’freince. En fin d’ lai snainne, trétus d’vïnt péssaie dais lai boîte és mentes po étre tot nats po lai comm’nion di dûemoène. Aiprés lai mission, an pyaintait ènne croux dains l’ finaidge d’avô lai date.

Le yundi soi, le prâtchou dit és baroitchous : « Demain, nôs v’lans djâsaie d’ lai mente. Ç’ât ïn peut défât. È nôs airrive en tus d’ dire des mentes. Moi aich’bïn. È y é des grôs mentous èt des p’tèts mentous. È s’ fât révoétaie èt peus s’ corridgie. En çtu que n ’râte pe d’ dire mentes, an n’ peut se réfiaie. Po prépairaie not’ djâs’rie de d’main soi, i vôs d’mainde de vôs r’poétchaie â p’tèt r’tyeuât qu’i vôs aî bèyie èt de yére le tchaipitre vingt-dous de l’évandgile de sïnt Djeain. Vôs èz tus eurci ci livrat. S’ vôs n’ l’eurtrovèz pus, péssez en lai tiure, i en aî encoé. »

Le maidgi soi, le prâtchou monte en lai tchaïre. « Mes fréres, c’ment qu’i vôs l’ai ainnoncie hyie, ci soi nôs v’lans djâsaie d’ lai mente. Vôs d’vïns yére le tchaipitre vingt-dous de sïnt Djeain. Tiu qu’ l’é yé ? »

Ènne main s’yeuve, peus trâs, peus cïntye. Les dgens s’ révijïnt yun l’âtre. Enfïn, tus y’vant lai main. Le caipucïn s’ coidge ènne boussiatte, çhôrit dains sai bairbe, peus dit : « Yé bïn voili, nôs sons en piein dains l’ sudjèt, poéche que, dains sïnt Djeain, è n’y é ran que vingt èt yun tchaipitres. »


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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La soirée aux mensonges

Pour prêcher la mission, notre curé avait invité un capucin de Mont-Croix, un prêcheur réputé. La mission, autrefois, c’était une semaine de profonde réflexion. Elle allait du dimanche au dimanche. Le premier jour, il y avait la messe, les vêpres, les complies. Du lundi au samedi, la petite messe matinale, chapelet, procession, adoration, et chaque soir une conférence. En fin de semaine, tous devaient passer au confessionnal afin d’être irréprochables pour la communion dominicale. Après la mission, on plantait une croix datée dans le finage.

Le lundi soir, le prédicateur s’adressa aux fidèles : « Demain, nous parlerons du mensonge. C’est un vilain défaut. Il nous arrive à tous de dire des mensonges. A moi aussi. Il y a de gros menteurs et de petits menteurs. Il importe de s’examiner et de se corriger. On ne peut se fier à celui qui ment tout le temps. Pour préparer notre causerie de demain soir, je vous demande de vous reporter à la brochure que je vous ai distribuée et d’y lire le chapitre vingt-deux de l’évangile de saint Jean. Vous avez tous reçu ce livret. Si vous ne le retrouvez plus, passez à la cure, j’en ai encore. »

Le mardi soir, le religieux monte en chaire. « Mes frères, comme je vous l’ai annoncé hier, ce soir, nous allons parler du mensonge. Vous deviez lire le chapitre vingt-deux de saint Jean. Qui l’a lu ? »

Une main se lève, puis trois, puis cinq. Les gens se regardent. Enfin, tous lèvent la main. Le capucin reste quelques instants silencieux, sourit dans sa barbe, puis dit : Eh bien voilà, nous sommes en plein dans le sujet, par ce que, dans saint Jean, il n’y a rien que vingt et un chapitres. »


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