Publié : 18 novembre 2016

Maladroit en amour

Bûetchâd en aimoé

Bernard Chapuis

Paru dans le Quotidien Jurassien du 18 novembre 2016

Bûetchâd en aimoé

C’était ènne aimoérouse seinsibye, toudge predjue dains ses sondges. Èlle yéjait "Nôs dous", èlle caitchait dos son yét des romans d’aimoé. Èlle craiyait en ces bardgieres que mairiant des prïnces, en ces des poûeres baîchattes que faint des rètches mairiaidges.

Èlle graiy’nait des ainonceintes musattes dains son r’tyeuyat : « I muse en toi en lai pityate di djoué ; i muse en toi d’hoûere en hoûere èt djunque dains mon sanne. » O bïn :« Dains ïn an, è y é doze mois ; dains mai main, è y é cïntye doigts ; dains mon tiûere, è n’y é que toi. » O encoé : « T’és mon ré de s’raye, t’és mon çhai de yènne. »

Le paiyisain qu’ lai fréquentait aivait les dous pies ch’ lai tiere. En lôvre, è djasait d’aivô l’ pére de vaitches, de vés, des moûechons, d’ son nové tracteur. È poéyait dmoéraie saidg’ement â long d’ sai bionde sains lai toutchi, sains yi pailaie. Ç’ n’ât p’ qu’è n’ l’ainmait pe, â contraire, èl en était tot fô. Mains èl était craingeou, empeurtè. È n’ saivait p’ les mots. C’était ïn mâlaidrèt en aimoé.

Lai baîchatte airait v’lu ïn po de târou èt peus d’ ces p’tèts mots que faint piaiji èt que n’ côtant ran. Èlle yi dit : « Les âtres, ès dyant des mots dous en yos aimoérouses. T’és dgenti, i t’ainme brament, mains te t’ coidges. Dis-m’ voûere ïn mot dou ! »
È chneuque dains sai téte, è muse. È n’trove pe. Lai féye le preusse : « É vïnt ci p’tèt mot ? »

- Ïn mot dou ? Yè bïn : mélasse !


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Maladroit en amour

C’était une amoureuse fleur bleue, toujours perdue dans ses rêves. Elle lisaait "Nous deux", elle cachait sous son lit des romans à l’eau de rose. Elle croyait aux bergères qui épousent des princes, aux filles nécessiteuses qui font de riches mariages.

Elle écrivait des pensées naïves dans son cahier : « Je pense à toi dès l’aube ; je pense à toi à chaque heure du jour et jusque dans mon sommeil. » Ou bien :« Dans un an, il y a douze mois ; dans ma main, il y a cinq doigts ; dans mon coeur, il n’y a que toi. » O encore : « Tu es mon rayon de soleil, tu es mon clair de lune. »

Le paysan qui la fréquentait avait les deux pieds sur terre. A la veillée, il parlait avec le père de vaches, de veaux, de moissons, de son nouveau tracteur. Il pouvait rester sagement à côté de la jeune fille sans la toucher, sans lui parler. Ce n’est pas faute de sentiment, au contraire, il en était passionément épris. Mais il était timide, emprunté. craingeou, Il ne savait pas s’exprimer. C’était un maladroit en amour.

La demoiselle aurait voulu un peu de tendresse, et de ces petits mots doux qui font plaisir et ne coûtent rien. « Les autres, lui reproche-t-elle, ils disent des mots doux à leur bonne amie. Tu es gentil, je t’aime énormément, mais tu restes silencieux. Dis-moi donc un mot doux ! »
Il cherche laborieusement dans sa tête. La fille insiste : « Alors, ce petit mot ? »

- Un mot doux ? Eh bien, mélasse !


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