Publié : 21 avril

La cloche de la voisine

Lai cieutche d’ lai véjine

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 21 avril 2017

Lai cieutche d’ lai véjine

Tchéque annèe, aiprés lai mâsse di Grant-Djûedi, nos cieutches s’envoulant è Rome laivou qu’èlles sont eurc’ies poi l’ Pape lu-meinme que tïnt è les r’méchiaie po yote dévoûement â sèrvice di peupye de Dûe. D’vaint yote retoué, è yôs bèye des p’tèts crômas, chutot des ûes d’ Paitçhe, tus môlès, des roudges, des djânes, des bieus. Èlles les léchant tchoére dains les nids qu’ les afaints aint préparès d’aivô d’ l’étrain.

Le p’tèt Roland ainme les cieutches, totes les cieutches, les trâs di môtie, cée d’ l’écôle, cées des vaitches dains les tchaimps, les cieutchattes des tchievres et meinme le grelat di tchïn. Ço qu’è n’airrive pe è compâre, ç’ât que ces braves cieutches que sont paitchis à Rome continuant de soénnaie. Po les offices, po l’alumaria, les caquiats les aint rempiaicies, bon. Mains po les hoûeres ?
An oûe toûedje soénnaie les hoûeres. « Ç’ât ènne eurleudge », échpitye le pére. Mains le boûbat n’ât p’ tot è fait convaintçhu.

Le p’tèt Roland ainme bïn lai véjine. Ç’ât ènne dgeintiye fanne, que yi bèye aidé âtçhe, ïn sirop, des sugus, ïn béb’lat. Èlle é ènne voîx che foûe qu’an l’oûe da loin. « Èlle é ènne sacrèe cieutche », dit le pére.

—  Roland, les cieutches vaint eurveni d’ Rome. T’és â moins fait ton nid ?

—  O, Mére, i en é meinme fait dous.

—  Dous ? Poquoi dous ? Ïn nid seûffit.

—  Le premie, Mére, ç’ât po les cieutches di motie. L’âtre, ç’ât po lai cieutche de lai véjine.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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La cloche de la voisine

Chaque année, après l’office du Grand-Jeudi, nos cloches s’envolent à Rome où elles sont reçues par le pape lui-même qui tient à les remercier pour leur dévouement au service du peuple de Dieu. Avant leur retour, il leur remet de menus cadeaux, surtout des œufs teints, des rouges, des jaunes, des bleus. Elles les laissent tomber dans les nids que les enfants ont préparés avec de la paille.

Le petit Roland aime les cloches, toutes les cloches, les trois de l’église, celle de l’école, celles des vaches dans les champs, les clochettes des chèvres et jusqu’au grelot du chien. Ce qu’il n’arrive pas à comprendre, c’est que ces braves cloches parties à Rome continuent de sonner. Pour les offices, pour l’angélus, les crécelles les ont remplacées, soit. Mais pour les heures ? On entend toujours sonner les heures. « C’est une horloge, », explique le père. Mais le garçonnet n’est pas tout à fait convaincu.

Le petit Roland aime bien la voisine. C’est une gentille femme, qui lui donne toujours quelque chose, un sirop, des sugus, un jouet. Elle a une voix forte qu’on entend de loin. « Elle a une sacrée cloche », dit le père.

—  Roland, les cloches vont revenir de Rome. Tu as fait ton nid au moins ?

—  Oui, Maman, j’en ai fait même deux.

—  Deux ? Pourquoi deux ? Un seul nid suffit.

—  Le premier, Maman, c’est pour les cloches de l’église. L’autre, c’est pour la cloche de la voisine.


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