Publié : 20 octobre 2017

L’amour avant l’estomac

L’aimoé aivaint l’mâgon

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 20 octobre 2017

L’aimoé aivaint l’mâgon

I n’sais p’ si vôs l’aî dj’ raicontè, çtée d’ ces dous djûenes mairiès. È rentre è médi, ran n’était prât. Lai fanne était encoé â yét. Poidé, èls aivïnt fait l’aimoé tote lai neût, èlle était éroin’nèee. Lu était fô aimoérou. Tiaind qu’èl é vu sai fanne, che bèlle dains ci yét, è n’é p’ poéyu s’eurteni, è s’ât dévéti, è s’ât coutchi â long d’ lée, èt peus èls aint raicmencie. « Vïns qu’i te gremeuche, qu’i te baîjeuche des pies en lai téte. Ah, qu’ ç’ât bon. Encoé, ncoé. Pus foûe, pus foûe. I seus â pairaidis. »

I n’aî p’ fâte de vôs dire que, ci djoué-li, èl ât paitchi en l’ujine lai painse veude. « Boh, qu’èl é dit en sai fanne, nôs n’ains p’ predju not’ temps. Çoli é rempiaici not’ dénèe. »

È rentre, le soi voi les chés. Èl aivait faim, vôs peutes bïn craire. Tote lai sïnte djouénèe sains maindgie. È yi aittairdgeait de s’ sietaie en lai tâle.

—  Qu’ât-ce te nôs és fait d’ bon, Puc’natte ?

Lai puc’natte, qu’ n’aivait ran aipprâtie, l’embraiche tar’ment èt l’ sarre contre lée :

—  C’était che bon è médi. i t’aî rétchâdè not’ dénèe.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 1.6 Mo

L’amour avant l’estomac

Je ne sais si je vous ai raconté l’histoire de ces deux jeunes mariés. Il rentre à midi, rien n’était prêt. La femme était encore au lit. Pardi, ils avaient fait l’amour toute la nuit, elle était épuisée. Lui était fou amoureux. Quand il vu sa femme, si belle dans ce lit, il n’a pas pu se retenir, il s’est déshabillé, il s’est allongé à ses côtés et ils ont recommencé. « Viens que je te croque, que je te baise des pieds à la tête.. Ah, que c’est bon. Encore, encore. Plus fort, plus fort. Je suis au paradis. »

Inutile de vous dire que, ce jour-là, il est parti à l’usine le ventre creux. « Bah, dit-il à sa femme, nous n’avons pas perdu notre temps. Ça remplace notre dîner. »

Il rentre, le soir vers les six heures. Il avait faim, vous pouvez imaginer. La journée entière sans manger. Il lui tardait de se mettre à table.

—  Qu’est-ce que tu nous as fait de bon, Poulette ?

La poulette, qui n’avait rien préparé, l’embrasse tendrement et le serre contre elle :

—  C’était si bon à midi. Je t’ai réchauffé notre dîner.


La chronique patoise du QJ en direct :