Publié : 25 janvier

Un cadeau du chef

Ïn crôma di chèf

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 25 janvier 2018

Ïn crôma di chèf

Rapha é ïn bon pochte dains les tch’mïns d’ fie, mais è n’ât p’ tot enson. Ç’ât ïn grant yéjou. D’vaint son mairiaidge d’aivô l’Ugénie, ènne grante paitchie d’ sai paiye péssait dains les yivres.

L’Ugénie eurvïnt d’ lai boite és lattres d’aivô ïn p’tèt paquèt en lai main.

—  Rapha, qu’èlle breûye roudge de graingne, te t’és encoé commaindé des yivres. T’ n’en és p’ prou ? Tiaind qu’ te veus râtaie de tchaimpaie les sôs poi lai f’nétre ?

Le Rapha béche lai téte. Tiaind qu’ l’Ugénie s’engraingne, è vât meu s’ coidgie. Ç’ât lée que tïnt lai boétche. Èlle é ïn oeûye ch’ les côtandges de son hanne. Rapha promât d’étre ïn pô pus redyaidgeaint.

Dains lai vitrine d’ lai yibrairie, è voit les seuv’nis d’Élisabeth Daucourt. Boussè poi lai couriositè, èl entre èt feuy’te ci r’tiuyat qu’è trove bïn ïntéressaint.

—  I n’ peus léchi péssaie çoli, qu’è s’ dit. Taint pé po l’Ugénie. I veus yi dire qu’èlle était li èt qu’èlle me l’é dédicacè. Ç’ât ïn tot p’tèt yivre, è n’ât p’ tchie. En pus, è y é di patois d’ dains.

—  Dâ laivou qu’ t’ lai coégnâs çt’Élisabeth ? yi demainde l’Ugénie.
—  Nôs étïns en l’écôle ensoènne.
—  Gros mentou !

Le lend’main, è s’aitchete le yivre di dottoé Prêtre. Po évitaie d’ se faire è sèrmounnaie, è yi tyisse ïn bé feuyat d’aivô ces mots : « A Raphaël, collaborateur fidèle. » Signè : le directeur dgénérâ des tch’mïns d’ fie. È léche le yivre ch’lai tâle de neût.
Tiaind qu’è rentre di bureau, èl ât tot ébâbi d’voûere sai fanne d’aivô ènne neuve véture.

—  Mains, te t’és aitch’tè ïn nové goénè.
—  Nian, i n’ l’ aî p“aitch”tè. Ç’ât ton dirècteur dgénérâ que m’ l’é eûffri.

Notes
les côtandges, les dépenses
r’dyaidgeaint, économe


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Un cadeau du chef

Raphaël occupe un poste important aux chemins de der fer, bien qu’il ne soit pas au sommet de la hiérarchie. C’est un grand lecteur. Avant son mariage avec Eugénie, il consacrait une grande partie de son salaire à l’achat de livres.

Eugénie, rouge de colère revient de la boîte aux lettres un petit colis à la main :

—  Raphaël, crie-t-elle, tu t’es encore commandé des livres. Tu n’en as pas assez ? Quand cesseras-tu de jeter l’argent par la fenêtre ?

Raphaël baisse la tête. Quand Eugénie pique une colère, mieux vaut se taire. Comme c’est elle qui tient les cordons de la bourse, elle surveille les dépenses de son homme. Raphaël promet d’être désormais plus économe.

Dans la vitrine de la librairie, il voit les souvenirs d’Élisabeth Daucourt. Poussé par la curiosité, il entre et feuillette ce recueil qu’il trouve très intéressant.

—  Je ne peux pas laisser passer ça, se dit-il. Tant pis pour Eugénie. Je lui dirai que l’auteure était là et qu’elle me l’a dédicacé. C’est un tout petit livre, il n’est pas cher. En plus, il y a des passages en patois.

—  D’où est-ce que tu la connais, cette Élisabeth ? lui demande Eugénie.
—  Nous étions à l’école ensemble.
—  Gros menteur !

Le lendemain, il s’achète le livre du docteur Prêtre. Pour éviter tout reproche, il y glisse une carte avec ces mots : « A Raphaël, collaborateur fidèle. » Signé : le directeur général des chemins de fer. Il laisse le livre sur la table de nuit.

Quel n’est pas son étonnement de voir, à son retour du bureau, sa femme vêtue d’une nouvelle jupe.

—  Tiens, tu t’es acheté une nouvelle jupe !
—  Non, je ne l’ai pas achetée. C’est ton directeur général qui me l’a offerte.

Notes
les côtandges, les dépenses
redyaidgeaint, économe