Publié : 11 mai

Un oubli

Ène rébyaince

Babouératte, Marie-Louise Oberli

Ène rébyaince

Tchaind le bon Dûe eut créè le cie, lai térre pe tot ço qu’ât fâte po y vétche, è se rposé. Mains son petét sanne feut troubyiè. Révisaint âtoué de lu, è détchevrit ïn drôle de bonhanne en grije blôde de paiyisain. Pe le drôle de bonhanne le révisait aivô des eûyes pyains de rpreutches. Âdon, le bon Dûe musé en lu-meinme :

-  Nom de mai vie ! Y aî créè le Taignon, mains y aî rébyè de créaie les Fraintches – Montaignes !

Le bon Dûe se yeuvé pe déchérit :

-  Taignon, te serés privilégiè entre totes les raices. Po retacouénaie mon èrtchelon, y m’engaidge è créaie ton câre de paiyis, tâ que te le tchuâs. Que veus-te ?

– Seigneû, y vorôs des laités fâsyiès d’aijoncs, des tourbîeres grebies de bôetchèts è blûes.

– Pyain Taignon, nos ains le temps. Lésse-me réchouchaie !

– Pe encoué : des montaignes pon trap grôsses aivô des saipïns, bïn chur… de lai noi, de lai yaice en heûvé. Pai-ci, pai-lì, quéques roitches dains l’hérbe voirte des tchaimpois. Sains étre ïn pètlou, y te demainde encoué doux djements, ène vaitche bouènne laiceliere. Te le sais bïn, ci laicé que fait lai gloûre di chocolat, pe di fromaidge.

Le bon Dûe créé les djements aivo yos polons, lai vaitche, le soiyat, lai bouille à laicé, le bote-tchu.

-  Es-te combyè ? Haiyuroux ?

Le Taignon répondjé :

– Seigneû, y seus combyè. Y te remèchie de tot mon tchûr.

Le bon Dûe dit â Taignon :

– Vais pare ton bote-tchu. Vais trére tai vaitche pe sèrvis-me ène étchéyatte de laicé.

Pe sôle, è repaiché dains son sanne. Mains, è feut de nové déraindgi aichetôt. Révisaint âtoué de lu, è zyeuté ïn petét l’hanne en grije blôde que le révisait aivô ïn oûre de rpreutche. Le bon Dûe se yeuvé pe dit :

– Encoué quoi ?

Le Taignon déchérit :

– Seigneû, po l’étchéyatte de laicé, çoli fait ïn franc pe trente raippes.

Lai Babouératte

Un oubli

Lorsque le bon Dieu eut créé le ciel, la terre et tout ce qui est nécessaire pour vivre, il se reposa. Mais, sa sieste fut troublée. Regardant autour de lui, il découvrit un bonhomme bizarre, en blouse grise de paysan. Et le drôle de bonhomme le regardait avec des yeux pleins de reproches. C’est alors que le bon Dieu pensa en lui-même :

– Nom de ma vie ! J’ai créé le Taignon, mais j’ai oublié de créer les Franches-Montagnes !

Le bon Dieu se leva et déclara :

– Taignon, tu seras privilégié entre toutes les races. Pour raccommoder ma bévue, je m’engage à créer ton coin de pays, tel que tu le souhaites. Que veux-tu ?

– Seigneur, je voudrais des étangs bordés de joncs, des tourbières avec beaucoup d’arbustes à myrtilles.

– Calme Taignon, nous avons le temps. Laisse-moi reprendre mon souffle !

– Et encore : des montagnes pas trop grandes avec des sapins, bien sûr… de la neige, de la glace en hiver. Par-ci, par-là, quelques roches dans l’herbe verte des pâturages. Sans être un mendiant, je te demande encore deux juments, une vache bonne laitière. Tu le sais bien, ce lait qui fait la gloire du chocolat et du fromage.

Le bon Dieu créa les juments avec leurs poulains, la vache, le seillon, la boille à lait, le botte-cul.

– Es-tu comblé ? Heureux ?

Le Taignon répondit :

– Seigneur, je suis comblé. Je te remercie de tout mon cœur.

Le bon Dieu dit au Taignon :

– Vas prendre ton botte-cul. Vas traire ta vache et sers-moi une tasse de lait.

Puis fatigué, il sombra dans sa sieste. Mais, il fut dérangé aussitôt. Regardant autour de lui, il vit un petit bonhomme en blouse grise qui le regardait avec un air de reproche. Le bon Dieu se leva et lui dit :

– Encore quoi ?

Le Taignon déclara :

– Seigneur, pour la tasse de lait, ça fait un franc et trente centimes.

La Coccinelle