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Publié : 11 janvier

Colette Dondaine le patois comme objet d’etude universitaire

Lou François de Banv’lai, François Busser, Union des Patoisants en Langue Romane

COLETTE DONDAINE
LE PATOIS COMME OBJET D’ETUDE UNIVERSITAIRE

Colette Dondaine est toujours de ce monde. La parution en 2002 de son dernier ouvrage donne l’occasion d’évoquer son énorme travail scientifique sur le patois Franc-Comtois.
Elle est originaire des Vosges Saônoises, de Breuchotte, non loin de Coravillers et Faucogney, région plus connue sous la dénomination « les mille étangs ».
Son enfance est environnée par le patois, son père, ses grands parents le pratiquent : il est très proche du patois de Giromagny.
Dès 1940, pour son Diplôme d’Etudes Supérieures, qu’elle élabore en Sorbonne sous la direction de CH. Bruneau, ele enquête à partir de 500 mots ou phrases dans 52 villages des Vosges Saônoises et environs, dans le but de préciser les limites entre parlers lorrains et comtois.
Elle fera ensuite toute une carrière universitaire en linguistique romane à Dijon.
Dans les années 50 on lui propose d’enquêter pour « la partie comtoise de l’Atlas Linguistique Bourguignon » Il y avait déjà de ces Atlas dans de nombreuses régions car c’était un projet national lancé par Dauzat dès le début du XX° siècle, dans le but de conserver tout le patrimoine linguistique de la France.
C. Dondaine établit un questionnaire portant sur environ 5000 mots ou phrases, pour son enquête sur le terrain, où elle a déterminé 90 points en Franche-Comté et sur les régions voisines, par exemple en Suisse : Bure, Saint-Ursanne, les Rouges Terres. Parallèlement elle recense et étudie les glossaires existants (en particulier Vantherin, Roussey, Contejean), les études sur le patois de la région et les textes anciens. Quand on examine sa bibliographie, on est frappé per l’ancienneté de certains de ces documents : textes en patois dès le XVII° siècle, recherches sur le patois dès 1828, glossaires dès le début du XIX° siècle.

Elle réalise donc entre 1959 et 1984 cette œuvre monumentale : l’Atlas Linguistique et Ethnographique de la Franche-Comté (ALFC), trois volumes, 1220 cartes. C’est un ouvrage exhaustif, ouvrage de bibliothèque, difficile à manier et à vulgariser. De là deux ouvrages de complément, d’accompagnement.

En 1972 : « Les Parlers Comtois d’Oïl » C’est l’étude phonétique systématique, élaborée en parallèle avec l’Atlas : elle compare les différents traitements, suivant les endroits, de tous les éléments phonétiques : voyelles, diphtongues, consonnes (labiales, gutturales, palatales, etc.), les accents toniques, et cela est reporté sur des cartes. C’est un travail de spécialiste, mais on peut trouver des exemples qui nous sont familiers : on dit « les égrès » à Châtenois comme à Réchésy ou à Mancenans, et « les égrâs » à Giromagny comme à Corravillers ou au Russey ; on dit « lai gotte » à Corravillers, à Réchésy et à Châtenois, et « lai goutte » à Mancenans, au Russey et à Bessoncourt et ainsi de suite…
Avec toutes ces comparaisons on arrive à une carte récapitulative qui définit en gros le domaine des parlers comtois d’oïl, par rapport à la fameuse limite avec le franco-Provençal au sud et la limite du Vosgien-Lorrain au nord. La limite est plus ténue avec le Bourguignon.
A une autre échelle on peut observer sur la France entière. On s’aperçoit ainsi que la limite entre « fanne » et « famme » traverse le département de la Haute Saône d’ouest en est : au nord : « famme », au sud « fanne ».
C.. Dondaine conclut sur l’originalité des parlers comtois d’oïl, mais aussi, comme nous sommes dans une région carrefour, sur les influences diverses et nombreux emprunts, au français notamment, à toutes les époques. Elle termine sur des hypothèses quant à la frontière linguistique :
La limite du Franco-Provençal ne correspond à aucune division historique, administrative ou religieuse. Elle ne pense pas que ce soit le fait d’un peuplement venu du sud : l’histoire ne donne pas de trace d’une transplantation massive de population. Elle avance donc l’idée que le franco-provençal allait jusqu’à la limite du département des Vosges (Provincia Belgica), puis a reculé sous l’influence bourguignonne et française (parlers d’oïl).

Puis en 2002 C. Dondaine publie un volume de complément et commentaires par rapport à l’Atlas Linguistique de Franche-Comté, en approfondissant sur l’origine et le sens des mots utilisés pour cet Atlas. Mis par ordre alphabétique ils permettent d’exploiter la richesse lexicale de l’Atlas ; c’est « Le Trésor Etymologique des Mots de la Franche-Comté ». C’est donc un index étymologique commenté où l’on retrouve sous forme de dictionnaire la quasi totalité des formes contenues dans l’Atlas. En plus du Latin elle distingue les étymologies venant du français, ancien français, moyen français, nouveau français, francique, ancien bas francique, ancien haut allemand, gotique, germanique, gaulois, franco-provençal ! Elle se réfère aux ouvrages savants existants et parfois au Glossaire des Patois de Suisse Romande. A l’occasion elle propose plusieurs étymologies et donne éventuellement un commentaire personnel.

Tous les ouvrages de linguistiques sont un peu ardus, mais le mérite de C. Dondaine est immense. Grâce à elle nous savons :
Que notre patois oral et écrit est un objet d’étude savante au même titre que n’importe quelle langue, le Français par exemple.
Qu’il est constitué depuis très longtemps et a évolué suivant des règles phonétiques précises.
Que le patois Franc-Comtois, comme tous les autres, est une langue à part entière et qu’il fait partie de la grande histoire des langues romanes.
Qu’il présente une richesse remarquable dans ses formes et dans tout ce qu’il exprime. Les patois sont les trésors de la langue française.
Le patois a passionné Colette Dondaine, elle lui a consacré une longue vie de recherches. Nous savons désormais que les esprits les plus fins et les plus cultivés peuvent s’enthousiasmer pour notre patois.

François Busser


Notice Colette Dondaine dans wikipedia


Les travaux de l’Abbé Jolidon rejoignent ceux de Colette Dondaine

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