Publié : 29 juillet

Toujours et jamais

Aidé èt Djemais

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 29 juillet 2022

Aidé èt Djemais

Un poème de Paul Vincensini (1930-1985)

Aidé èt Djemais étïnt aidé ensoénne, ne se tyittïnt djemais. An les croujait dains totes les foires.
An les voyait le soi traivoichie le v’laidge chu ïn tandem. Aidé dyidait, Djemais fratait.
 moins ç’ât ç’ qu’an chuppojait.

Èls aivïnt tos les dous ènne djôlie cape. L’ènne était noi d’aivo des biancs cairreaux, l’âtre était biantche d’aivô des nois cairreaux. È çoli an airait poéyu les recoégnâtre, mains ès péssïnt aidé le soi èt pe d’avô lai yaincie...

D’âtre paît quéques dgens les gèrmégïnt – nian sains réjon craibïn - d’étchaingie des côps yote cape. Ïn âtre seingne airait poéyu faire lai diff’reince. Yun dyait aidé bondjoué, l’âtre dyait aidé bonsoi. Mains an n’é djemais saivu se c’était Aidé que dyait bondjoué, o se c’était Djemais que dyait bonsoi,
poéch’qu’entre yos ès s’app’lïnt aidé Chire Albèrt, Chire Octave.

Note
fratait, pédalait
ènne djôlie cape, ici : une jolie casquette
d’avô lai yaincie, avec la vitesse
quéques dgens les gèrmégïnt, certains les soupçonnaient


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

Toujours et jamais

Un poème de Paul Vincensini (1930-1985)

Toujours ̆et Jamais étaient toujours ensemble,
ne se quittaient jamais. On les rencontrait
dans toutes les foires.
On les voyait le soir traverser le village
sur ̆un tandem.
Toujours guidait,
Jamais pédalait
C’est du moins ce qu’on supposait...
Ils ̆avaient tous les deux une jolie casquette.
L’une était noire à carreaux blancs,
L’autre blanche à carreaux noirs
À cela on ̆aurait pu les reconnaître
Mais ils passaient toujours le soir
et avec la vitesse...
Certains d’ailleurs les soupçonnaient
Non sans raison peut-être
D’échanger certains soirs leur casquette.
Une autre particularité
Aurait dû les distinguer :
L’un disait toujours bonjour,
L’autre toujours bonsoir.
Mais ̆on ne sut jamais
Si c’était Toujours qui disait bonjour
Ou Jamais qui disait bonsoir
Car ̆entre eux ils s’appelaient toujours
Monsieur Albert, Monsieur Octave.

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