Publié : 25 août 2017

Le sauveteur

Le sâvou

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 25 août 2017

Le sâvou

En lai boénne séjon, è y é di monde atoé d’ l’étaing d’ lai Gruyiere, chutôt d’ lai sens di murat que r’tïnt l’âve. D’vaint lai raîsatte, ch’ lai piaice és dyïmbardes, è n’y d’moére pus ènne piaice de libre. Ïn aivis ch’ lai bairre raippeule les régles de boénne condute. È fât dmoéraie chu l’ sentie. Èt fât béchi l’ son d’ sai radio. An n’ont p’ le drèt de faire di fûe, ne d’ femaie. Les fannes daint catchi yos nanèts. Les baingnous ne poéyant p’entraie dains l’aive n’impoétche laivou. È y é des piaices po çoli, è y é meinme ïn pyondgeou d’aivô ènne étchiele. Enfïn, èt peus ç’ât l’ pus impoétchaint, les poirents daint cheurvoiyie yos afaints.

Mâgrè tot, è y en aidé que n’ rèchpèctant pe l’ réglement. Aiprés yote péssaidge, an trôve des paipies, des saitchats, des rèchtes de r’cegnon, des mégots, des miedges de tchïns.

Ènne djûene mére yéjait chu ène tçhvétche. Son p’tèt boûbat, ènne cape ch’ le capiron, s’héjaîdge aidé pus loin. Èl ât mit’naint chu le lavon di pyondgeou. Lai mére breûye. Trop taîd. Le p’tèt ât tchoé dains l’âve.

Ïn coéraidgou l’hanne rôte sai tch’mije, se tchaimpe dains l’étaing èt raimoène le nitiou. Li-d’chus, le pére airrive èt s’aippreutche di sâvou :
- Ç’ât vôs qu’èz tyirie mon boûebat d’ l’âve.
- E n’ fât p’ m’eurméchiaie, que dit l’hanne. I n’aî fait qu’ mon daivoi, ran d’ pus. Moi aich’bïn, i aî des afaints.

- Mains sai cape ? Èl aivait ènne cape. Qu’ât-ce que vôs en èz fait ?


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Le sauveteur

En été, il y a foule autour de l’étang de la Gruère, surtout du côté de la digue. Sur le parking devant la scierie, il ne reste plus une place de libre. Sur la clôture, un panneau précise les règles à observer. Se déplacer sur le sentier. Baisser le volume de sa radio. Interdiction de faire du feu. Pas de cigarette. Pas de seins nus chez les femmes.

Les baigneurs ne peuvent entrer dans l’eau qu’aux endroits aménagés à cet effet. Un plongeoir avec une échelle a été prévu. Enfin, et c’est le plus important, les parents doivent surveiller leurs enfants.

Malheureusement, il y a toujours des gens qui ne respectent pas ces mesures. Après leur passage, on trouve des papiers gras, des sachets, des résidus de pique-nique, des mégots, des crottes de chiens.

Une jeune maman lisait sur une couverture. Son petit garçon, coiffé d’une casquette, s’aventure toujours plus loin. Il est debout sur la planche du plongeoir. La mère hurle. Trop tard. Le petit est tombé à l’eau.

Un homme courageux enlève sa chemise, se jette dans l’étang et ramène le bambin. Sur ce, le père arrive et s’approche du sauveteur :

—  C’est vous qui avez retiré mon fils de l’eau ?

—  Il ne faut pas me remercier, dit l’homme. Je n’ai fait que mon devoir, rien de plus. Moi aussi, j’ai des enfants.

—  Mais sa casquette ? Il avait une casquette. Qu’est-ce que vous en avez fait ?


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