Publié : 28 juillet

Une de Bonfol

Ènne de Bonfô

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 28 juillet 2017

Ènne de Bonfô

È pésse médi. Le Tiophile bousse lai poûetche di Bianc l’Oûe. Ç’ât vardi, le djoué di toétché â fromaidge. Le cabarèt ât piein. Pus ènne piaice. Âtiun âtre brut que çtu des fortchattes èt des coutés. Ïn hanne, aippuyie ch’ le comptoir, raiconte des hichtoires de Bonfô. Aiprés tchéque hichtoire, tus s’ toûejant dains les écâçhèts. « Ah, èlle ât bïn boènne. I n’ lai coégnéchôs pe. Èt peus toi, Airthur ? » Ès breûyant c’ment des vés : « Ènne âtre, ènne âtre ! »
L’hanne n’ se fait p’è prayie

—  Vôs lai saites, çtée di bardgie d’ poûes, qu’ le loup y aivait égoûerdgie son verrat di temps qu’ les dgens étïnt en la mâsse de sïnt Fromond ?

—  Dis pie, aittieuds !

Le Thiophile ât d’ Bonfô. È n’aipprécie dyère qu’an s’ foteuche des dgens d’ son v’laidge., È voérrait bïn saivoi tiu qu’ ç’ât qu’ ci contou. Nian, è n’ l’é dj’mais rencontrè â Bianc l’ Oûe.

Aiprés lai fôle di vèrrat, ç’ât çtée di toéré d’ lai tyeumeune, peus çtée d’ lai Mairie que f’sait lai bue dains lai Veind’line, peus çtée des caindidats en lai mairie, qu’an aivait bottè tiu nus drie ènne bairre de tieudres po les dépairtaidgie…

Le contou s’ coidge, è s’ graitte lai téte. Le Tiophile s’aippreutche.

—  T’ n’en sais pus ? qu’è yi d’mainde.

—  Nian !

Mon Tiophile aidonc yi fot ènne de ces toûertche que l’envie chvaintsaie ch’ les tâles.

—  T n’ lai saivôs pe, çtée-ci. Poétchaint, ç’ât âchi ènne de Bonfô. Ç’ât meinme lai tote derie. T’ lai bott’rés en ton répertoire !


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Une de Bonfol

Il est midi passé. Théophile pousse la porte de l’Ours Blanc. C’est vendredi, jour du gâteau au fromage. Le café est bourré. Plus une place de libre. Nul autre bruit que celui des fourchettes et des couteaux. Un homme, appuyé au comptoir, raconte des histoires de Bonfol. Après chacune d’elles, l’auditoire se tord de rire. « Ah, elle est bien bonne. Je ne la connaissais pas. Et toi, Arthur ? » Ils crient à pleins poumons : « Une autre, une autre ! »
L’homme ne se fait pas prier.

—  Vous la savez, celle du berger de cochons dont le loup avait égorgé le verrat pendant que les fidèles assistaient à la messe pour la fête de saint Fromond ?

—  Raconte, vas-y !

Théophile est un citoyen de Bonfol. Il n’apprécie guère qu’on tourne en dérision les gens de son village. Il voudrait bien savoir qui peut être ce conteur. Non, il ne l’a jamais rencontré à l’Ours Blanc.

A la suite de celle du verrat succède celle du taureau de la commune, puis celle d’une certaine Marie qui lavait son linge sale dans la rivière, puis celle des candidats à la mairie alignés sans pantalons derrière une haie de noisetiers pour les départager…

Le conteur se tait, il se gratte la tête. Théophile s’approche.

—  Tu n’en sais plus ? lui demande-t-il.

—  Non !

C’est alors que Théophile lui applique une gifle qui l’envoie trébucher sur les tables.

—  Tu ne la savais pas, celle-ci. Pourtant, c’est aussi une de Bonfol. C’est même la toute dernière. Tu l’ajouteras à ton répertoire !


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