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Publié : 9 janvier

Auguste Vautherin et « le glossaire du patois de chatenois »

Lou François de Banv’lai, François Busser, Union des Patoisants en Langue Romane

AUGUSTE VAUTHERIN ET « LE GLOSSAIRE DU PATOIS DE CHATENOIS »

Trois ouvrages qui sont encore de précieuses références, ont été édités dans le Nord Franche‑Comté vers 1880‑1900 : le « Glossaire du Parler de Sournois » de Charles Roussey, le « Glossaire du Patois de Montbéliard » de Charles Contejean, et le « Glossaire du Patois de Châtenois » d’Auguste Vautherin. Ce dernier, réédité en 1970, est encore disponible chez Honoré Champion à Paris.

A. Vautherin a vécu de 1831 à 1925. Issu d’une vieille famille de Châtenois (9kms au sud de Belfort), il a fait des études de pharmacie à Paris et y a exercé ce métier durant 40 années. Il s’est retiré ensuite à Belfort et il est enterré au cimetière de Châtenois. Esprit éclectique et avide de connaissances, il a passé une licence ès sciences et un doctorat en médecine. Il connaissait parfaitement le patois de son village, mais aussi le Latin et l’Allemand. La diversité de ses publications montre un érudit polyvalent et attaché à son terroir.

Le Glossaire du Patois de Châtenois est paru en six livraisons successives dons le Bulletin de Ia Société d’Emulation de Belfort de 1896 à 1901. Il commence par une introduction assez conséquente et se termine par un « supplément ». Donc Vautherin, parisien de circonstance, correspondant de la société savante de Belfort, s’inquiète du déclin de sa langue maternelle et veut en garder un monument : il le constitue progressivement, pendant trente ans, avant de le publier. L’enseignement obligatoire fait considérer le patois comme une langue vulgaire. Des esprits éclairés veulent par contre approfondir, s’interroger sur cette langue et faire apparaître sa richesse, son fonctionnement, en remontant aux origines.

L’Introduction :

Pose le problème du devenir du patois En éclaire les origines
Dégage ses caractéristiques phonétiques dans Ia région de Belfort
Distingue dans le Territoire de Belfort quatre subdivisions possibles et signale des nuances intermédiaires.
Emet des hypothèses sur les causes de ces variations
Fait des observations grammaticales et donne les conjugaisons de être, aivoi, ainmaie
Une riche bibliographie montre la diversité de ses sources, aussi bien savantes que populaires

Le glossaire lui‑même ne se veut pas exhaustif. Il fait des choix, approfondit selon son bon plaisir, tantôt détaillé, tantôt bref. C’est un ouvrage d’érudition, fait pour un cercle cultivé qui connaît le patois et qui commence à réfléchir sur cette langue en se cherchant une méthode.

On constate d’abord son intention comparative

. Il compare souvent avec le patois d’autres régions de France : patois savoyard, normand, picard, berrichon… Il compare les différents patois de Ici région ; sousvosgien, ajoulot, alsace francophone, couronne belfortaine… Il prend l’opportunité des noms de villages pour établir des tableaux comparatifs de certains vocables. Il cite de nombreuses variantes phonétiques, par exemple eyerou, hie’ru, èvru, éru, hureux. Ou encore ; féchin, fèchin, fachun, fachin faissin. Il peut être très précis sur la localisation du ’ vocable patois. Exemple : coriche = pomme de terre a% Châtenois, Bermont, Bretagne, Bonf ol.

Par ailleurs on est frappé par l’ampleur de ses investigations :

Il développe dans certains articles une réflexion grammaticale. Il donne des éléments de conjugaison des verbes, retrouve dans le patois des traces de déclinaisons. Réf lexion historique ou ethnographie : par ex. le mot houëye est l’occasion de faire l’histoire du charbon, le mot tainte amène un développement sur la tante Airie. Réflexion phonétique et sémantique, réflexion scientifique bien sûr ‑ il donne par ex. tout un exposé sur le tnaitc’he1ot martinet) ou sur Ici vervelle de charrue. Ref lexion enf in sur la culture et la mentalité que ref 1 ête le patois local. Il travaille beaucoup sur l’étymologie latine, germanique ou même celtique. On apprend entre autres qu’un Erbaton est un jeune porc né a% 1 érbâ ou que notre rivière, Ici Savoureuse serait en fait « lai Savouneuse » parce que, en l’absence de calcaire, elle fait particulièrement mousser le savon !

Mais ce glossaire reste d’abord celui du patois de Châtenois.

Vautherin transcrit le patois tel qu’il l’a entendu, comme langue maternelle. De là des particularités dans sa graphie. Le patois de Châtenois ne conndit ni le « ih », ni le « çh » : il écrit donc : machai, tchin. Il note le « e » ouvert : « ë » ex : lou fë (le fils). Ce qui surprend surtout c’est qu’il annonce que son patois ne connaîît pas le « é » f ermé : il écrit systématiquement « îe » ex : lai vîepre, l’îetchîele. De même pas de « en » : il transcrit « on » par ex. c’moncie, ontondre.

Il s’interroge en tout cas sur la prononciation et fait de longs développements sur le son « tch » ou sur le son « i »

Par ailleurs le glossaire est une mine d’or pour les exclamations populaires et cela lui donne une couleur locale prononcée. De même lorsqu’il cite de nombreuses expressions locales ou des contines.

Enfin i/ faut signaler trois richesses caractéristiques de cet ouvrage :

Un inventaire passionnant des noms de villages : du Territoire de Belfort, mais aussi du Pays de Montbéliard, du Jura suisse (Vierme a droit ci une étude détaillée), de l’Alsace alors annexée, de Haute‑Saône…

De nombreuses citations de lieux‑dits. On y apprend par ex. que la dénomination très répandue : « Lai Preusse » signif ie « la pierreuse » (petrosa en Latin). La toponymie est sûrement un des points f orts du glossaire. De même que l’onomastique : il présente de passionnantes études des noms de famille et de leurs dérivations et des prénoms avec leur variantes, leur histoire…

En conclusion.

Ce glossaire est une somme d’un savoir multiple et parfois effervescent. Mais il est aussi un hommage aux origines. Il démontre que le patois est une langue a part entière, exprimant la culture depuis les origines ; c’est littéralement une culture originale, qui continue a% inspirer une vision, du monde et un savoir.
De plus il pose le problème du passage à l’écrit, devenu nécessaire. Même si l’on remarque des hésitations, A. Vautherin est un précurseur, puisque son glossaire est très utilisable cent après.

Plus qu’un document cet ouvrage est pour nous une invitation à poursuivre ce travail d’approfondissement