Par : Fleury LJ
Publié : 6 novembre 2012

La Mirette.

Lai Mirètte.

Jean-Marie Moine

Lai Mirètte.

Elle était foûeche, son poi était noi. C’était ch’ dou tiaind qu’ nôs lai çhaitïns. Lai Mirètte, c’était l’ tchïn di tiurie. Elle aivait l’ djèt di loup, mains nôs coégnéchïns tus sai douçou è son envietè de djûere d’aivô les afaints. Tchétçhe annèe, les servaints d’ mâsse allïnt vand’laie ïn djoué d’ aivô M’ssieu l’ tiurie, poi d’ tchus l’ Mont-Terri. C’ment d’aivége, nôs paitchïns l’ maitïn è pie po Graindgoué po pâre le train djainqu’è Poérreintru. Note tiurie qu’était ïn pô bancreutche (è boétayait), aivait di mâ d’ mairtchi. C’ ât po coli qu’ yun d’ nôs daivait moinnaie son vélo djainqu’ enson lai côte. Dâs li, è déchendait chus l’ vélo. Nôs voili tus, yi ritaint aiprés d’ aivô lai Mirètte djainqu’ en lai dyaire de ... Mont’gnez.

Qué piaîji nôs aivïns  ! E poinne dains l’ train, nôs n’étïns p’ encoé è Coédg’maîtche qu’ nôs tirïns dj’ di sait, di tchaimbon, di pain pe di sirop. Lai Mirètte finéchait l’ fraissun.

C’t’ annèe-li, dâs Poérreintru, nôs aivïns graipoinnè lai montaigne è pie djainqu’en lai Vaitch’rie-Mouéyaid. I vois encoé note coéraidgeou tiurie dains lai côte â d’tchus de V’lais-Tchus-Font’nais, s’aippûere chus sai cainne pe youpaie sai malaite tchaimbe en aivaint, d’vaint de r’tchoire chus sai boinne tchaimbe  ! C’ment aidé, l’ tchïn di tiurie aivait fait craibïn dieche côps l’ voyaidge. E poinne vés yun d’ nôs qu’ l’ aivait aipp’lè pe çhaiti, l’ voili que r’lainçait vés ènne âtre rotte qu’ breûyait son nom.

Lai vâprèe, en r’déchendaint vés Sïnt-Ochanne, nôs péssainnes vés lai tchaipèlle de S’leute. Nôs entrainnes po voûere ci sïnt yûe è pe po ïn pô prayie. Lai Mirètte était d’moérèe d’feus. Nôs l’ ôyïns que graittait en lai poûetche. Tot d’ïn côp, â bé moitan d’ïn ave maria, ènne piaintche tchoiyé dains ïn traiyïn di diaîle. Dains son lain, l’ tchïn aivait empoétchè ïn câre d’lai poûetche, pe sâtait poi d’dains nôs tchaimbes. E n’y é pus aivu d’ prayiere...  !

Nôs n’ains dj’mais saivu tiu ât-ç’ qu’ aivait paiyie po r’botaie lai poûetche en oûedre. Note tiurie aivait échpyiquè ç’ qu’ s’était péssè en ïn hanne de S’leute.

Nôs sons paitchis d’ Sïnt-Ochanne poi l’ train des ché di soi po r’veni è Mont’gnez, lai téte pieinne des bés seuv’nis d’ lai fredainne d’ note chére ... Mirètte  !

J-M. Moine

La Mirette.

Elle était forte, son pelage était noir. C’était si doux, lorsque nous la caressions. La Mirette, c’était le chien du curé. Elle avait l’allure d’un loup, mais nous connaissions tous sa douceur et son envie de jouer avec les enfants.

Chaque année, les servants de messe allaient se promener un jour, avec Monsieur le Curé, sur le Mont-Terri. Comme d’habitude, nous partions à pied le matin pour Grandgourt afin de prendre le train jusqu’à Porrentruy. Handicapé, notre curé avait du mal de marcher. C’est pour cette raison que l’un de nous devait conduire son vélo jusqu’au haut de la colline. De là, il descendait la côte à vélo. Nous voilà tous lui courant après avec la Mirette jusqu’à la gare de ... Montignez. Quel plaisir nous avions  !

Nous n’étions pas encore à Courtemaîche que nous tirions déjà du sac, du jambon, du pain et du sirop. La Mirette finissait les restes bons à manger.
Cette année-là, de Porrentruy, nous avions gravi à pied la montagne jusqu’à la Vacherie-Mouillard. Je vois encore notre curé courageux dans la côte au-dessus de Villars-sur-Fontenais, s’appuyer sur sa canne, lancer sa jambe malade en avant, puis retomber sur sa bonne jambe  !

Comme toujours, le chien du curé avait fait peut-être dix fois le trajet. A peine vers l’un d’entre nous qui l’avait appelé et flatté, il courait vers un autre groupe qui criait son nom. En redescendant vers Saint-Ursanne, nous passâmes vers la chapelle de Seleute. Nous entrâmes pour visiter ce lieu saint et pour un peu prier. La Mirette était restée dehors. Nous l’entendions gratter à la porte. Soudain, au beau milieu d’un ave maria, une planche tomba dans un fracas du diable. Dans son élan, le chien avait emporté un morceau de la porte et sautait dans nos jambes. Il n’y eut plus de prière...  !
Nous n’avons jamais su qui avait payé les réparations de la porte. Notre curé avait expliqué ce qui s’était passé à un homme de Seleute.

Nous sommes partis de Saint-Ursanne avec le train de six heures du soir pour revenir à Montignez, la tête pleine des beaux souvenirs de la fredaine de notre chère ... Mirette  !