Publié : 11 octobre 2018

Le pont

L’ponty

Jean-Marie Moine, Arc Hebdo octobre 2018

L’ponty

Ces d’ries temps, les feuyes aint brâment djâsè d’pontys. È y’ é t’aivu l’aiccreu d’ci tot grôs ponty de Dgènes, daivô tos ces moûes ; mon Dûe qué mijére ! Pe aiprés, en lai Tchâ-d’Fonds,
voili qu’ nôte Grôs Ponty d’vïnt véye ; è fât sondgie è l’ rempiaicie poi ïn nové ! Èl ât aivu baîti è y’ é bïntôt soichante ans. Dâs grant, les hannes aint vétçhu daivô des pontys. Les pre-mies pontys n’sont p’ aivu conchtruts poi les hannes. Des dgens qu’vétçhïnt â long d’ènne eurviere aint trovè ïn aîbre qu’l’ oûere aivait déraiç’nè pe qu’l’ âtre bout était tchoi d’l’ âtre sen d’lai r’viere. Èls en portchaiyainnent po péssaie poi d’tchus lai r’viere. L’ponty était orinè… ! Les Romains aint conchtrut brâment d’pontys en piere qu’aint ch’vent défiè les siecles. Mains l’temps é péssè, les hannes se sont botè è conchtrure daivô des nanvés nèté-râs : le bôs, le ç’ment, le fie. Dâli, an comprend bïn qu’âdjd’heû, lai tènitçhe aich’bïn qu’lai scienche d’lai conchtrucchion ât bïn coégnu, meinme ch’ èlle ât compyiquèe pe étrèe.Vôs saîtes tus qu’ ci Dgeoûerdges Clemenceau é dit : « Lai dyierre ! ç’ ât ènne tchôje trop graîve po lai confiaie en des miyitéres ». Pèrmâtes-me de rdjannaie ci grôs polititçhe l’hanne pe
d’dire : « Lai conchtrucchion d’ ïn ponty ât ènne tchôje trop chériouje po lai confiaie ran
qu’en ïn airtchoeuvrie (architecte) ». Ïn bon ïndgénieû maîtrâye les nochions de foûeche, de choûene, de réaicchion, d’épieutche, de feurépieutche, de vibrâchion, de réjoûenainche,
d’aipiomb, etc. Ch’ l’ïndgénieû fait bïn son traivaiye an airont ïn ponty chus l’qué, pe dôs
l’què, an oûeje péssaie. Che l’airtoeuvrie s’y bote, è rôte des éy’ments poi-chi poi-li, èl en r’bote d’âtres endcô, pe è crait qu’son ponty ât bé ! Pe, lai pupaît des dgens aippiâdjéchant. Mains, ces dgens aint rébiè qu’èl é mâmoinnè l’aipiomb. È n’y é pus ran qu’de prayie pe
d’allaie è Lourdes po qu’ lai Sïnte Vierdge f’seuche âtçhe ! En Fraince è y’ é â mons, trâs hâtes écôles d’ïndgénieûs : lai Poyi-évoingne Écôle (École Polytechnique), lai Ceintrâ
lÉcôle (l’École Centrale), pe les Évoingnes pe Méties (les Arts et Métiers). Ènne coéy’nâde veut qu’les éyeuves de ces hâtes écôles dieuchïnt : che ïn ïndg’nieû d’lai Poyi-évoingne Écôle fait ïn ponty, l’ponty tchoit mains è n’sait p poquoi ; che ïn ïndg’nieû d’ lai Ceintrâ
l’Écôle fait ïn ponty, l’ ponty tchoit mains è sait p’ poquoi ; che ïn ïndg’nieû des Évoingnes pe Méties fait ïn ponty, l’ ponty n’ tchoit p’ ! Dâli, tchoijâtes vôte Écôle d’ïndg’nieûs… !

J-M. Moine

Le pont

Ces derniers temps, les journaux ont beaucoup parlé de ponts. Il y a eu l’accident de ce très grand pont de Gènes, avec tous ces morts ; mon Dieu quelle misère ! Et ensuite, à la Chaux-de-Fonds, voila que notre Grand Pont vieillit ; il faut songer à le remplacer par un nouveau !Il a été construit il y a bientôt soixante ans. Depuis longtemps, les hommes ont vécu avec des ponts. Les premiers ponts n’ont pas été construits par les hommes. Des gens qui vivaient au bord d’une rivière ont trouvé un arbre que le vent avait déraciné et dont l’autre extrémité était tombé de l’autre côté de la rivière. Ils en profitèrent pour passer par-dessus la rivière. Le pont était créé… ! Les Romains ont construit de nombreux ponts en pierre qui ont souvent défié les siècles. Mais le temps a passé, les hommes se sont mis à construire avec de nouveaux matériaux : le bois, le ciment, le fer. Alors, on comprend bien qu’aujourd’hui, la technique aussi bien que la science de la construction est bien connue, même si elle est compliquée et délicate. Vous savez tous que Georges Clemenceau a dit. « La guerre ! c’est une chose trop grave pour la confier à des militaires ». Permettez-moi d’imiter ce grand homme politique et de dire : « La construction d’un pont est une chose trop sérieuse pour la confier à un seul architecte ». Un bon ingénieur maîtrise les notions de force, de contrainte, de réaction, de contraction, de dilatation, de vibration, de résonance, d’équilibre, etc. Si l’ingénieur fait bien son travail, on aura un pont sur lequel et au-dessous duquel on ose passer. Si l’architecte s’en mêle, il enlève des éléments par-ci par-là, il en remet d’autres ailleurs, et il croit que son pont est beau ! Et la plupart des gens applaudissent. Mais ces gens ont oublié qu’il a malmené l’équilibre. Il n’y a plus qu’à prier et à aller à Lourdes pour que la Sainte Vierge fasse quelque chose ! En France il y a au moins trois hautes écoles d’ingénieurs : l’École Polytechnique, l’École Centrale, et les Arts et Métiers. Une boutade veut que les élèves de ces hautes écoles disent : si un ingénieur de l’Ecole Polytechnique fait un pont, le pont tombe mais il ne sait pas pourquoi ; si un ingénieur de l’Ecole Centrale fait un pont, le pont tombe mais il sait pour-quoi ; si un ingénieur des Arts et Métiers fait un pont, le pont ne tombe pas ! Alors, choisissez votre Ecole d’ingénieurs… !

J-M. Moine