Publié : 21 décembre 2018

Message de Noël

Méssaidge de Nâ

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 21 décembre 2018

Méssaidge de Nâ

Ci p’tèt réfudgie vétyait d’aivô son grant-pére, ïn hanne coéraidgeou, dains ïn rédut dôs les tieles tot enson d’ènne sombre mâjon d’ lai la Viatte des Caipucïns. Tiaind qu’è yi d’maindait poquoi ès vétyïnt tot d’ pai yôs èt laivou qu’étïnt ses poirents, è répondait : « Boûeba, i t“échpyiqu”raî pus taîd. »

Ci soi-li, l’afaint rentré vannè èt l’ tiûre poijaint. C’était lai vaye de Nâ. Le grant-pére l’aivait pouermenè dains l’ câre des bordgeais. Des afaints d’ son aidge d’juïnt dains ïn parc aiménaidgies po yôs, d’aivô des bailainchoûres, ïn p’tèt train, di sabye èt tot’s soûetches de p’èts l’engïns. Des fannes enduemoènèes les cheurvoyïnt. Ci poûere petèt enviait yos béb’lats, yos neus soulaies, yos vétures, yos tchâdes capes. Lu n’aivait dj’mais r’ci ïn béb’lat. È compré les diff’reinces qu’è y é entre les dgens èt qu’è yé des piaijis sïmpyes èsquéls è n’aivait p’ drèt.

En entraint dains son poûere rédut dôs les tieles, è s’boté è pûeraie.

—  Ç’ n’ât p’ djeute. Yôs, èls aint tot, èt peus moi, i n’aî ran.

—  Petèt, çhioûeche lai lumiere.

Le grant-pére euvré lai yucarne.

—  Mit’naint, raivoéte !

L’afaint graipiné chu ènne sèllatte po meu voûere. Les yeûtchïns raimboiyïnt atoéé de lai pieinne yeune.

—  Nôs, nôs ains les yeûtchïns, dié l’hanne. Tos ces yeûtchins dains l’ cie, ç’at en nôs.

Note

ïn béb’lat, un jouet

les yeûtchins, les étoiles


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 4.5 Mo

Message de Noël

Un petit réfugié vivait seul avec son grand-père, un homme courageux, dans une mansarde sous les toits, dans les combles d’une sinistre maison de la Ruelle des Capucins. Quand il lui demandait pourquoi ils vivaient seuls tous les deux et ce qu’étaient devenus ses parents, le grand-père répondait : « Mon garçon, je t’expliquerai plus tard. »

Ce soir-là, l’enfant rentra fatigué et le cœur lourd. C’était la veille de Noël. Le grand-père l’avait promené dans un quartier résidentiel. Des enfants de son âge jouaient dans une aire de jeu aménagée avec des balançoires, un petit train, un bac à sable et toutes sortes d’engins. Des femmes endimanchées les surveillaient. Le pauvre enfant enviait leurs jouets, leurs chaussures neuves, leurs vêtements, leur chauds bonnets. Lui-même n’avait jamais reçu aucun jouet. Il prit conscience des différences sociales et qu’il y a des plaisirs simples auxquels il n’avait pas droit.

En entrant dans sa mansarde minable sous les tuiles, il se mit à pleurer.

—  Ce n’est pas juste. Eux, ils ont tout, et moi, je n’ai rien.

—  Petit, ordonna l’aïeul, éteins la lumière.

Le grand-père ouvrit la lucarne.

—  Maintenant, regarde !

L’enfant grimpa sur un tabouret pour mieux voir. Les étoiles brillaient autour de la pleine lune.

—  Nous, nous avons les étoiles, dit l’homme. Toutes ces étoiles au ciel sont à nous.