Publié : 30 juin 2017

Jalousie

Djailojie

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 30 juin 2017

Djailojie

Colas poérrait étre le pus hèy’rou des hannes. Èl é di traivail, ènne mâjon èt peus ènne tote bèlle fanne. Qu’ât-ce qu’è voérrait de pus ? Ç’ât ïn bon bogre, mon Colas, mains èl é ïn métchaint défât : èl ât djailou, èt cment tchéqu’un l’sait, ïn djailou n’ât djemais tot è fait hèy’rou.

È n’ peut p’ s’empâtchie de quèchtionnaie sai djûene fanne chus sai vie d’aivaint. È veut tot saivoi. Ran qu’ de musaie qu’èlle airait poéyu étre hèy’rouse dains les brais d’ïn âtre, çoli l’engraingne. Èl en pie l’ peutou, èl en pie lai sanne.

« Bichatte, t’és coégnu des hannes aivaint moi ? » Des côps, èlle yi répond : « Grôs bêta, te sais bïn qu’ t’és l’ seul, le premie èt l’ derie. » D’âtres côps, qu’èlle ât sôle d’oûyi aidi lai meinme snieule, èlle yi répond : « Chur qu’i en aî coégnu aivaint toi. Èt peus des valmonts. »

Ès sont â yét. Lai Bichatte, qu’é t’aivu ènne rude djouénèe, voérrait bïn dremi. Mains ci Colas eurvïnt ch’ le tchaipitre.

—  Bichatte, t’en és coégnu d’âtres aivaint moi ?

« Miedge, è peut allaie s’ faire fotre, que s’ dit lai Bichatte. I n’yi réponds pus. »

Mains èl inchichte, ci méfiaint d’ mairi.

—  Bichatte, dis m’ le fraintch’ment. T’és coégnu d’âtres hannes aivaint moi ?

Po tote réponje, è n’oûe qu’ le çhoûçhat d’ sai compaigne.

È yi mairmoye dains l’aroiye :

—  Bichatte, te doûes ?

—  Nian, i compte.


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Jalousie

Nicolas pourrait être le plus heureux des hommes. Il a du travail, une maison, une femme splendide. Que peut-il désirer de plus ? Nicolas est une brave type, mais il a un méchant défaut : il est jaloux, et comme chacun le sait, un jaloux n’est jamais tout à fait heureux.

Il ne peut sempêcher de questionner sa jeune femme sur sa vie d’avant le mariage. Il veut tout savoir. Rien qu’à l’idée qu’elle aurait pu être heureuse dans les bras d’un autre l’obsède. Il en perd l’appétit, il en perd le sommeil.

« Bichette, tu as connu d’autres hommes avant moi ? » Parfois, elle lui répond : « Gros bêta, tu sais bien que te es le seul, le premier et dernier » D’autres fois, lorsqu’elle en a assez d’entendre la même rengaine, elle lui réplique : « Bien sûr que j’en ai connu avant toi. Et combien ! »

Ils sont couchés. Au soir d’une rude journée, il revient sur le sujet.

- Bichette, tu en as connu d’autres avant moi ?

« Zut, il peut aller au diable, se dit Bichette. Je ne lui réponds plus. »

Mais il insiste, ce mari méfiant.

- Bichette, dis-le-moi franchement. Tu en as connu d’autres avant moi ?
Pas d’autre réponse que la respiration régulière de sa compagne.

Il lui murmure à l’oreille :

- Bichette, tu dors ?

- Non, je compte.


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