Publié : 23 mars 2018

Surdité

Soûedg’tè

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 23 mars 2018

Soûedg’tè

Un hanne s’ fait di tieusain po sai fanne. È yi sanne qu’èlle ât de pus en pus soûedge, mains è n’oûje pe yi en pailaie, poéch’ que ç’ât ènne malaîgiere tchipie, qu’é vit’ fait d’ montaie chus ses grants tchvâs. Vai yi faire aidmâtre qu’elle n’ô quasi pus. Èlle se veut botaie dains ènne de ces grègnes. Ç’ât décidè, èl en veut djâsaie en son méd’cïn.

—  Dottoé, qu’è yi dit, è m’ sanne qu’ mai fanne devïnt soûedge. S’i en paile, èlle me veut enviere és pives. Pé, èlle me veut fotre ïn côp d’écouve. C’ment faire po en étre chur ? Ç’ât po çoli qu’i seus v’ni.

—  I vôs comprends. Vôs r’toénez en l’hôtâ. Ç’ât bïntôt l’hoûere de lai moirande. Dâ l’ raidyèt d’ lai poûetche d’ lai tieujènne, vôs yi d’maindèz : « qu’ât-ce qu’an maindge, ci soi ? » S’èlle ne répond pe, vôs aivaincèz de dous pas èt peus vôs r’dites : « qu’ât-ce qu’an maindge, ci soi ? » S’èlle ne répond touedge pe, vôs aippreutchies encoé èt vôs yi r’dites dains l’airoiye : « qu’ât-ce qu’an maindge, ci soi ? » Èt peus li, s’èlle ne dit ran, ç’ât qu’èlle ât vrâment soûedge. »

L’hanne cheut les aivisoûeres di méd’cïn. Èl eûvre lai poûetche d’ lai tieujènne èt d’mainde : « qu’ât-ce qu’an maindge ci soi ? » Pe d’ réponse. È fait dous pas, meinme quèchtion. Enfïn, les dous dries pas, èt peus lai meineme quèchtion dains l’aroiye : « qu’ât-ce qu’an maindge ci soi ? »

Lai fanne se r’toéne, dôbe de raidge

—  Des chtriflattes ! T’és soûedge ou bïn quoi ? Ç’ât l’ trâjieme côp qu’i t’ le dis.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 1.8 Mo

Surdité

Un homme se fait du souci pour sa femme. Il lui semble qu’elle devient de plus en plus sourde, mais il n’ose lui en parce qu’il la craint, elle est irritable, tout de suite prête à monter sur ses grands chevaux. Va donc lui faire admettre qu’elle n’entend presque plus. Elle entrera aussitôt dans une colère épouvantable. C’est décidé, il en parlera à son médecin.

—  Docteur, lui dit-il, il me semble que ma femme devient sourde. Si je lui en parle, elle va m’envoyer aux pives. Pire, elle va me flanquer un coup balai. Comment m’y prendre pour en être sûr ? C’est pour cela que je suis venu vous consulter.

—  Je vous comprends. Retournez chez vous. C’est bientôt l’heure de souper. Du seuil de la porte de la cuisine, vous lui demandez : « Qu’est-ce qu’on mange, ce soir ? » Si elle ne répond pas, vous avancez de deux pas et répétez votre question : « Qu’est-ce qu’on mange, ce soir ? » Si elle ne répond toujours pas, vous vous approchez encore et vous lui redites dans l’oreille : « Qu’est-ce qu’on mange, ce soir ? » Et alors, si elle ne réagit toujours pas, c’est qu’elle est vraiment sourde. »

L’homme suit les conseils du médecin. Il ouvre la porte de la cuisine et demande : « Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? » Pas de réponse. Il fait deux pas, même question. Enfin, les deux derniers pas et la la même question dans l’oreille :« Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? »

La femme se retourne, folle de rage :

—  Des chtriflattes ! Tu es sourd ou quoi ? C’est la troisième fois que je te réponds.

Note

Les chtriflattes sont des beignets sucrés en forme de spirale.


La chronique patoise du QJ en direct :