Publié : 16 octobre 2015

La bosse du commerce

Lai bosse di commerce

Bernard Chapuis

Paru dans LQJ du 16 octobre 2015

Lai bosse di commerce

Ci Dio ne dyaignaît p’ grant cment vâlat tchie les grôs paiyisains o bïn cment copou dains l’ bôs d’lai tyeumene. Sai fanne traivaiyait dains l’aitelie de pieres di vlaidge. D’aivô yos dous diaîdges, èls aivïnt di mâ d’envoûedre. Cïntçhe afaints è neurri, vêti, çoli côte. Bïn svent, lai ménaidgiere n’aivait p’ prou po paiyie en lai kaufhoûje èt dmaindait â boutiçhèt de maîrtçhaie ses dâts ch’ le livrat.

Èls aivïnt ïn tieutchi que yôs feunichait les lédyumes, les salaidges, les pomattes. « I poérrôs éyevaie quéques dgerènnes, se dit le Dio. Nôs airïns ch’ lai tâle les ues frâs di djoué. Des ues de ces dgerènnes que graittant lai tiere èt que maindgeant des vares. Se tot vait bïn, i poérrôs meinme en vendre. »

Le Dio é daivu faire ïn dgeurnie. Èl aitch’té quaitre boènnes ôvoujes èt ïn pou. Tot allé bïn. Èls eunent des poussïns, des puss’nattes èt des ues è r’vendre. È les fsait ché sous l’ue.
- Te les vends trop bon mairtchie, tes ûes, qu’ yi dit l’ blantchie. Ès te rveniant è cobïn ?
- I n’é p’ fait l’ calcul. S’i compte tot, po l’ moment, i pie encoé. Mains ne t’en fais p’, pus taîd, i veus m’ raittraipaie ch’ lai quantitè.

Notes
aitelie de pieres, au siècle dernier, les ateliers de pierres fines étaient nombreux en Ajoie
envoûedre, joindre les deux bouts
lai kaufhoûje, la petite épicerie d’autrefois (de l’allemand Kaufhaus) ; le boutiçhèt, l’épicier.


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info document -  MP3 - 1.5 Mo

La bosse du commerce

Georges ne gagnait pas beaucoup comme domestique au service des paysans aisés ou comme bûcheron dans la forêt communale. Sa femme travaillait dans l’atelier de pierres fines du village. Avec leurs deux salaires, ils avaient du mal à joindre les deux bouts. Cinq enfants à nourrir, à vêtir, cela coûte. Bien souvent, la ménagère n’avait pas assez d’argent pour payer à l’épicerie et demandait à l’épicier d’inscrire ses dettes sur son carnet.

Ils avaient un jardin potager qui leur fournissait les légumes, les salades, les pommes de terre. « Je pourrais élever quelques poules, se dit Georges. Chaque jour, nous aurions des œufs frais sur la table. Des œufs de ces poules qui grattent la terre et qui mangent des vers. Si tout va bien, je pourrais même en vendre. »

Georges a dû aménager un poulailler. Il acheta quatre bonnes poules pndeuses et un coq. Tout alla bien. Ils eurent des poussins, des poulettes et des œufs à revendre. Il les faisait six sous l’œuf.
—  Tu les vends trop bon marché, tes œufs, lui dit le boulanger. Ils te reviennent à combien ?
—  Je n’ai pas fait le calcul. Si je compte tout, pour le moment, je perds encore. Mais ne t’en fais pas, plus tard, je me rattraperai sur la quantité.


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