Par : Fleury LJ
Publié : 6 novembre 2012

Le plumier

L’ pieumie

Jean-Marie Moine

L’ pieumie.

Enne s’nainne d’vaint les condgies, i seus t’aivu tot ébâbi d’ voûere ïn pieumie en bôs, chus la tâle d’ yun d’ mes éyeuves. C’était ènne boéte po botaie les graiyons, les pieumes, qu’ an çhioûe en tçhissaint ènne piaintchatte dains doues roues de tchétçhe sen, vés le d’tchus d’ lai boéte. Chus lai piaintchatte étïnt graiyenès des saingnes, des mots, des noms d’ baîchattes chutôt  ! Bïn chur qu’ i n’ les aî p’ yés, mains i m’ seus d’maindè en quoi qu’ s’ poéyait musaie l’éyeuve en ravoétaint tot çoli. E n’y aivait quasi pus ènne p’téte piaice de veûde.

I m’ seus r’trovè tot d’ ïn côp en l’écôle d’ mon v’laidge, tiaind qu’ i aivôs ïn tâ pieumie. L’ mïn était pus grôs que ç’tu d’ mon éyeuve, èl aivait dous étaidges que virayïnt l’ yun chus l’ âtre âtoé d’ ènne tch’véye. Chus l’ tçhevétchat di mïn, è n’y aivait pus ran qu’ des p’téts câres d’imaîdge en tchétçhe bout  : ïn pô d’ bieuve tieulèe aimont, ïn pô d’ void pe d’ djâne aivâ  ! Ci pieumie aivait péssè dains les mains d’ mes taintes, dains cés d’ mon pére pe aiprés d’ mon frére. Dâli, vôs comprentes qu’ le pus grôs d’ l’ imaîdge feuche t’aivu ribèe. Mon frére s’ fotait pé mâ d’ çoli. Tiaind qu’ i d’maindôs en mon pére obïn en mes taintes d’me « raicontaie  » l’ imaîdge, ès n’ en saivïnt dran pus ran.

Mon Dûe qu’ i m’ seus musè des côps d’vaint ces réchtes de tieulèes. C’ment ces artichtes qu’ péssant des djoués, des annèes è détieuvri ç’ que mainque po rechtauraie ènne frechque, i épreuvôs d’ saivoi qué bèlle imaîdge était ch’ lai piaintchatte tiaind qu’ èlle était neûve. At-ç’ qu’ è y aivait l’ cie, lai mée, des aîbres, ènne r’viere, ïn tch’mïn, des mâjons, des dgens, des afaints, des bétes ... , obïn âtre tchôse encoé ? I m’ seus aidé bïn vadgè d’ graiy’naie chus ci veûde. Aidonc, tchétçhe côp qu’ i r’trovôs mon pieumie, dains mes musattes i rempiâchôs ci veûde d’ ènne rotte d’imaîdges qu’ ensorâyïnt mai djûenence.

« Lai naiture é lai frayou di veûde  » dyïnt des véyes sciençous (d’anciens physiciens). Poétchaint, i seus chur qu’ èls airïnt bïn vlu, c’ment hannes dâli fsaint paitchie d’ lai naiture, qu’ bïn des tchôses d’ yote vétçhaince feuchïnt aivu rempiaicies poi di veûde  !
Qu’ ci temps d’ condgie éffaiceuche po vôs ç’ que vôs n’ sairïns pus chuppoétchaie  : les tieûsains, lai seuffraince, lai poinne. Pe ch’ èl en d’moére quéques traices, épreuvèz d’ conchture chus lées yun d’ ces fôs sondges qu’ vôs édré è r’pâre bïntôt l’ traivaiye d’aivô coérraidge  !

J-M. Moine

Le plumier.

Une semaine avant les vacances, je fus tout étonné de voir un plumier en bois, sur la table d’un de mes étudiants. C’était une boîte pour remiser les crayons, les plumes, qu’on ferme en glissant une planchette dans deux fentes, vers le haut de la boîte. Sur la planchette étaient écrits des signes, des mots, des noms de filles surtout  ! Naturellement, je ne les ai pas lus, mais je me suis demandé à quoi l’étudiant pouvait songer en regardant tout cela. Il n’y avait presque plus une petite place vide.

Je me suis aussitôt revu à l’école de mon village, lorsque j’avais un tel plumier. Le mien était plus grand que celui de mon élève, il avait deux « étages  » qui pivotaient l’un sur l’autre autour d’une cheville. Sur le fermoir du mien, on ne voyait plus que de petites bribes d’image à chaque extrémité  : un peu de couleur bleue en haut, un peu de vert et de jaune en bas  ! Ce plumier avait passé dans les mains de mes tantes, dans celles de mon père et de mon frère ensuite. Vous comprendrez alors que le plus gros de l’image ait disparu. Mon frère se fichait bien de cela. Lorsque je demandais à mon père ou à mes tantes de me « raconter  » l’image, ils ne s’en souvenaient pas.

Mon Dieu, que j’ai songé souvent devant ces restes de couleurs. Comme ces artistes qui passent des jours, des années à découvrir ce qui manque pour restaurer une fresque, j’essayais de deviner la belle image qui figurait sur la planchette lorsqu’elle était neuve. Y avait-il le ciel, la mer, des arbres, une rivière, un chemin, des maisons, des gens, des enfants, des animaux ..., ou autre chose encore  ?Je me suis toujours gardé de dessiner sur cette partie vide. Aussi, chaque fois que je retrouvais mon plumier, en pensée je remplissais ce vide d’une foule d’images qui ensoleillaient ma jeunesse.

« La nature a horreur du vide  » disaient d’anciens scientifiques (des physiciens). Cependant, je suis certain qu’ils auraient bien voulu, en tant qu’hommes donc faisant partie de la nature, que bien des choses de leur vie soient remplacées par du vide  !

Que ce temps de vacances efface pour vous ce que vous ne sauriez plus supporter  : les soucis, la souffrance, la peine. Et s’il en reste quelques traces, essayez de construire sur elles, un de ces rêves fous qui vous aidera à reprendre bientôt le travail avec courage  !