Publié : 16 janvier

La robe du Roi

Lai véture di Roi

Bernard Chapuis

Paru dans le Quotidien Jurassien du 6 janvier 2017

Lai véture di Roi

Grant-Pére raiconte : « Le ché de djainvrie, nôs f’sïns les Rois. Moi, i étôs Melchior. I poétchôs l’étoile. Nôs étïns trâs vétis en maîdges. Les âtres nôs cheûyïnt. Nôs tchaintïns de mâjon en mâjon. Çoli s’ât predju. »

Lucas s’ dit qu’è poérrait âchi tchaintaie les Rois po diaingnie dous trâs sôs. È yi feut aijie de déchidaie dous âtres compaignons. Èls aint fixè ènne étoile â bout d’ïn soûeta. Èls aint détieuvri des corannes en paipie d’oûe. Grant-Pére yôs é aippris lai tchainson.

—  Ç “n”ât p’le tot, è nôs farait ènnne véture.

—  Nôs se v’lans bïn chiquaie », dit Lucas.

È chneuque dains l’tirou d’ sai soeur Colette. Çte roudge tchemije de neût, douçatte cment d’ lai soûe, f’ré l’aiffaire. Èlle yi vai djuqu’és pies.

—  È peus nôs ? dyant les âtres.

—  Moi, i seus Melchior. Lai reube, ç’ât po moi.

Les voili en lai premiere mâjon :

Trâs mèdges nôs s’ sons rencontrès

Veniant tchécun d’ènne sens.

Lai fanne yôs bèye ènne piece de cïntye francs. « Bravo les p’tèts, ç’ât ènne boènne aivijoûere, çoli m’ raippele le véye temps. »

En peurcheyaint yote virèe, ès croûejant lai Colette.

—  Mains, qu’èlle dit en révijaint son frérat, ç’ât mai tchemije de neût qu’i aî paiyie bïn tchie. Rôte çoli tot comptant, d’vaint qu’i n’ te foteuche ènne toûertche.

Melchior s’ât r’trovè en p’tète tiulatte ch’ lai vie. È n’aivait pus l’ tiûere è tchaintaie.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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La robe du Roi

Grand-Père raconte : « Le six janvier, nous faisions les Rois. Moi, j’étais Melchior. Je portais l’étoile. Nous étions trois déguisés en mages. Les autres nous suivaient. Nous chantions de maison en maison. Ça s’est perdu. »

Lucas se dit qu’il pourrait lui aussi chanter les Rois pour gagner quelques sous. Il lui fut aisé de décider deux autres compagnons. Ils ont fixé une étoile au bout d’un bâton. Ils ont déniché des couronnes en papier doré. Grand-Père leur a appris la chanson.

—  Ce n’est pas le tout, il nous faudrait un costume.

—  On va bien se débrouiller », dit Lucas.

Il fouille dans le tiroir de sa sœur Colette. Cette chemise de nuit rouge, douce comme de la soie, fera l’affaire. Elle lui va jusqu’aux pieds.

—  Et nous ? protestent les autres.

—  Moi, je suis Melchior. La robe, c’est pour moi.

Les voici à la première maison :

Trois rois nous nous sommes rencontrés

Venant de diverses contrées.

La femme leur donne une pièce de cinq francs. « Bravo les petits, c’est une bonne idée, ça me rappelle le bon vieux temps. »

Poursuivant leur virée, ils croisent Colette.

—  Mais, s’écrie-t-elle en toisant son jeune frère, c’est ma chemise de nuit que j’ai payée bien cher. Enlève-la tout de suite avant que je ne te flanque une torgnole.

Melchior s’est retrouvé en petite culotte dans la rue. Il n’avait plus envie de chanter.


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