Publié : 6 mai 2016

Les escaliers du coiffeur

Les égrèes

Jean-Marie Moine, Arc Hebdo mai 2016

Les égrèes

Yun d’ces d’ries saim’dis, nôs sons t’aivu è Mont’gnez, po r’voûere quéques coégnéchain-ches, po allaie prayie chus les tombes de ces qu’ sont paitchis, pe po voûere ch’ nôte mâjon était encoé li en sai piaice sains étre aivu envèllie poi des rôlous d’ péssaidge.I m’ seus râtè ènne boussèe chus les égrèes d’ l’ écôle pe di môtie. Vôs n’ peutes pe saivoi tos les seûv’nis qu’ me péssant dains lai téte tiaind qu’ i les r’ vois. Èls aint tchaindgie dâs l’ temps qu’ i allôs en l’écôle pe â môtie di v’laidge. Ès tchoéyïnt tot drèt chus lai vie qu’ vïntd’Graindgoué. Mit’naint, en aivâ des égrèes, an ont conchtru ènne tchicoûenne po qu’ les dgens n’ airrive-chïnt p’ dirèt’ment ch’ lai vie. Ç’ ât ènne boinne tchôje che çoli peut défure des aiccreus. Ces égrèes, i les aî graipp’nè è quaite paittes, pe r’déchendu ch’ le tiu tiaind qu’i étôs tot p’tét.
Ç’ ât chus ces égrèes qu’ nôs s’ botïns en raings po faire, tchétçhe annèe, les grôsses photos des éyeuves de l’écôle (è n’ y aivait ran qu’ ènne çhaiche â v’laidge). Ènne annèe d’pus, ïn grèe d’ pus ! Ç’ ât aivâ ces égrèes qu’ nôs tçhissïns l’ huvie, tiaind qu’ è y’ aivait di vâriais, c’ment qu’ ch’an aivait aivu des paitïns, chus les ch’mèlles en bôs de ç’ qu’ nôs aipp’lïns des soulaîes-sabats. I me ch’vïns qu’ ïn côp, nôs aivïns écouvè l’ châbion qu’ le voiyie di v’laidge aivait vengnie po qu’les dgens n’ tçhisseuchïnt p’ chus ci vâriais. I vôs piaidge qu’ nôs
n’ l’ ains ran fait qu’ ïn côp. Qué révoûe pe côps d’ trique nôs aivïns raiméssè… ! Seûv’nis
d’ tchâtemps : les déchentes de ces égrèes è vélo. Aiprés i n’ sais p’ cobïn d’ éschâbyes, de tchoites, de bieus, de beugnes…, nôs aivïns aitçhi doûes méthodes po faire ces vaiyainches ! En aivaint, en s’ sietaint ch’ le poétche-baigaidges, obïn è r’tieulon, bïn çhainnè ch’le dyidon di vélo. Mains i yaînne âchi des nanvés seûv’nis, tiaind qu’ i r’vïns tchie moi, dâs lai vèlle en Lai Tchâ-d’Fonds poi le pus dirèt tch’mïn. Ènne coulainnèe d’ égrèes déssavre doûes rantches. I r’graipoinnôs l’ âtre djoué ces égrèes, en mon aiyure de djûene hanne de bïntôt quaitre-vinte ans, tiaind qu’ ènne rotte d’ afaints èc’mencé d’ me dépéssaie. I boté mai main ch’ lai téte d’ yun des premies p’téts bouts d’ hanne pe y’ dié : « Toi, che p’tét, pe t’ oûejes me dépéssaie. » Tos les afaints s’ botainnent è tchaintaie : an t’ ont dépéssè, … an t’ ont dépéssè, en me f’saint de bés sôris. Tot çoli aiccompaignie d’ ïn étchaindge de bondjoués daivô les maîtrasses de ces afaints.

J-M. Moine

Les escaliers

Un de ces derniers samedis, nous avons été à Montignez, pour voir quelques connaissances, pour aller prier sur les tombes de ceux qui sont partis, et pour voir si notre maison était encore là, à sa place, sans avoir été visitée par des vagabonds de passage. Je me suis arrêté un instant sur les escaliers de l’école et de l’église. Vous ne pouvez pas savoir tous les souvenirs qui passent dans ma tête quand je les revois. Ils ont changé depuis l’époque à laquelle j’allais à l’école et à l’église du village. Ils tombaient tout droit sur la route qui vient de Grandgourt. Maintenant, au bas de l’escalier, on a construit une chicane pour que les gens n’arrivent pas directement sur la route. C’est une bonne chose si cela peut éviter des accidents. Cet escalier, je l’ai gravi à quatre pattes et descendu en me traînant sur le derrière quand j’étais tout petit. C’est sur cet escalier que nous nous mettions en rangs pour faire, chaque année, la grande photo des élèves de l’école (il n’y avait qu’une classe au village). Une année de plus, une marche de plus ! C’est en bas cet escalier que nous glissions, l’hiver quand il y avait du verglas, comme si on avait eu des patins, sur les semelles en bois de ce que nous appelions des souliers-sabots. Je me souviens qu’une fois, nous avions balayé le sable que le cantonnier du village avait semé pour que les gens ne glissent pas sur le verglas. Je vous garantis que nous ne l’avons fait qu’une fois. Quelle punition et quels coups de trique nous avions ramassés… ! Souvenirs d’été : les descentes de cet escalier à vélo. Après je ne sais combien d’essais, de chutes, de bleus, de meurtrissures…, nous avions acquis deux méthodes pour faire ces vaillances ! En avant, en nous asseyant sur le porte-bagages, ou à reculons, très penchés sur le guidon du vélo. Mais je glane aussi des souvenirs quand je reviens chez moi, depuis la ville de La Chaux-de-Fonds par le chemin le plus direct. Une enfilade d’escaliers séparent deux crèches. Je gravissais l’autre jour ces escaliers à mon allure de jeune homme de bientôt quatre-vingts ans quand une bande d’enfants commença à me dépasser. Je posai ma main sur la tête de l’un des premiers petits bouts d’hommes et je lui dis : « Toi, si petit, et tu oses me dépasser. » Tous les enfants se mirent à chanter : on t’a dépassé,… on t’a dépassé, en me faisant de beaux sourires. Tout cela accompagné d’un échange de bonjours avec les maîtresses de ces enfants.

J-M. Moine