Par : Fleury LJ
Publié : 26 septembre 2014

Les interjections

Ébâbéch’ment, fiertè, grïngne

Bernard Chapuis

Paru dans LQJ du 26 septembre 2014

Ébâbéch’ment, fiertè, grïngne

Dains ci temps-li, an n’djâsait qu’le patois â v’laidge. Le frainçais était ènne laindye étraindgiere aipprije en l’écôle. An s’dépâdgeait d’le rébiaie. Eurcidre ènne lattre était ïn événement. En pus d’lai yére, è faiyait encoé lai compâre.

L’Émile ât soudaît è Thoune tchie les Almousses. Èl envie ènne lattre en lai mâjon. Son frérat l’eûvre, lai yét, cment qu’è fait bïn svent. Èl aippele le pére que soûe di chari, sai pipe sains fûe â meûté.

- Pére !

- De quoi ?

- È y é l’Émile qu’é écrit.

Le pére, ébâbi :

- Ah, ah !

- Voui. È dit qu’èl ât aivu nanmè caporal, ou bïn dgénéral. I n’sais pus quoi, mains è y é di "ral".

Fiertè di pére. Cré Dûe, not’ Émile qu’ât montè :

- Hé, hé !

- Mains è d’mainde des sôs.

Le pére groncene :

- Ho, ho !

Tochu qu’è muse dains sai téte : « Qu’ât-ce te crais, nitiou, qu’i veus t’envie des sous po qu’t’alleuches les fifraie d’aivô tes meingnous ? Te peus aidé ritaie. »

meingnou, compagnon, copain


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 1.3 Mo

Les interjections

En ce temps-là, on ne parlait que patois au village. Le français était une langue étrangère apprise à l’école. On se dépêchait de l’oublier. Recevoir une lettre était un événement. En plus de la lire, il fallait encore la comprendre.
Émile fait son service militaire à Thoune en Suisse allemande. Il envoie une lettreà la maison. Son petit frère l’ouvre, la lit, cmme il fait bien souvent. Il appelle son père qui sort du hangar, sa pipe éteinte à la bouche.

- Père !

- Quoi ?

- Émile a écrit.

Le père, étonné :

- Ah, ah !

- Oui. Il dit qu’il a été nommé caporal, ou bien général. Je ne sais plus quoi, mais il y a du "ral".

Fierté du père. Sacrebleu, notre Émile qui a gradé :

- Hé, hé !

- Mais il demande des sous.

Le père ronchonne :

- Ho, ho !

Nul doute qu’il pense dans sa tête : « Qu’est-ce que tu crois, morveux, que je vais t’envoyer des sous pour que ailles les boire avec tes copains ? Tu peux toujours courir. »


La chronique patoise du QJ en direct :

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